Mind the Gap (en’Cimes)

© Ville de Gap 2011

Evènement rare, c’est entre copains que se déroule ce week-end sur Gap.

Départ du pays d’Aix samedi en début d’après-midi, direction Gap. L’ambiance est à la déconne et les vannes s’enchaînent aussi vite que les kilomètres.

Moi, qui régulièrement réalise mes courses en solitaire, je dois reconnaître que ça change radicalement. Ça libère d’une pression (on ne cogite pas quand on se marre) mais ça en rajoute une autre… Surtout quand vous êtes en compagnie d’un fou furieux, bien décidé à se prendre une cuite la veille et à se coucher à « pas d’heure ».

Le groupe résistera… au grand désespoir de Jeff (le fou furieux) qui zonera une partie de la nuit dans les couloirs glauques du Formule 1 de Gap, probablement en quête de compagnon de beuverie… En vain.

Notre courte nuit ne tempérera pas son énergie débordante (limite inquiétante)… Au contraire. Dès le réveil, la machine de guerre (des nerfs) « Jeff » est déjà bien affûtée. Je plains Renaud, qui sera son partenaire sur le 48 km. D’un autre côté, Jeff est, à lui tout seul, une préparation mentale redoutable : Si tu résistes à son flux continu de vannes et de running gag, c’est que tu es prêt à dépasser tes limites.

Sur l’aire de départ, le groupe se sépare. Jeff et Renaud feront la course ensemble, leur objectif étant de finir le mieux possible ce difficile trail Edelweiss. De mon côté, je me place à l’avant du départ. Je me suis fixé l’objectif de terminer cette course en moins de 6h30 et de finir dans le top 100, afin de ne pas trop perdre de points dans le Challenge des Trails de Provence. Objectifs que je trouve ambitieux au moment du départ. En effet, ces dernières semaines, j’ai physiquement le retour de bâton de la CCC. On verra bien…

Le départ est lancé à 7h30. Ça fonce dans les rues de Gap. Quelques virages plus loin, le parcours prend un escalier et s’élève doucement vers le domaine de Charance. Nous laissons dernière nous la ville endormie, qui n’a probablement rien vu, rien entendu.

Le parcours monte tranquillement et régulièrement au domaine de Charance, alternant entre route goudronné et single. La nuit est encore bien présente et il est difficile, dans certains passages, de voir où les pieds se posent. Heureusement, le parcours n’a encore rien de technique.

Très vite, je double Sandrine Baron, actuelle première du Challenge des Trails de Provence. Rien de bien normal tout ça… Soit je vais franchement trop vite (ce que je ne crois pas). Soit elle n’est pas au mieux de sa forme (ce qui sera confirmé par la suite).

A partir du domaine de Charance, je connais le parcours jusqu’en haut des crêtes, pour avoir fait le 25 km l’année dernière. Je sais que les 4 km suivants sont très roulants et qu’il faut accélérer car les occasions seront plus rares par la suite. Le jour se lève paresseusement alors que je longe le paisible petit canal du Drac. De bon matin, le temps est menaçant. Nous prendrons quelques gouttes dans la matinée, mais rien de bien méchant. On est plus proche du crachin breton que du déluge Chamoniard de l’UTMB 2012.

© Ville de Gap 2011

Je zappe le premier ravito et commence à attaquer la première difficulté, la montée du Cuchon (encore un Cuchon !) en longeant les magnifiques crêtes de Charance. Je grimpe plutôt bien, sans précipitation et gagne pas mal de place. Le long passage en crête est rendu glissant par la pluie de la nuit. Très bien ! Pas d’affolement là encore, j’assure ma foulée jusqu’au col de la Guizière ou un orchestre, des ânes, des bénévoles et des randonneurs (dans le désordre) nous encouragent. 

Même avec l’horizon bouché, le paysage est toujours aussi beau, d’autant que le bleu semble vouloir s’inviter derrière quelques nimbostratus. Un Gapençais, avec qui je venais d’échanger quelques mots, me montre au loin, près du col de Manse, une particularité géologique qu’on appelle le « Chapeau de Napoléon ». Le passage de l’Empereur des Français à Gap, en 1815 aura manifestement marqué au fer rouge la région jusque dans son relief.

© Ville de Gap 2011

« Du haut du crêtes de Charance quarante siècles vous contemplent ! » ai-je envie de dire… Mais sans la main dans le veston car il faut garder les bras en alerte pour conserver son équilibre lors de la longue descente accidentée vers le village de Rabou, ou se trouve le second ravitaillement.

Un bref arrêt au stand le temps de remplir le réservoir et me revoilà à nouveau en course. Je traverse Rabou, un lieu que je pense abandonné… Mais en fait non, tout le village s’est regroupé à la sortie pour encourager les coureurs qui s’engagent alors vers le fameux et redoutable sentier des Bans. C’est un passage de dalles rocheuses grandiose, à flanc de falaise, très aérien et dominant le torrent du Petit Buëch 200 mètres plus bas. J’adore cette portion technique et celle qui suit, où, en quelques minutes nous rejoindrons le niveau du Petit Buëch. De nombreux passages sont sécurisés par le 4e régiment de chasseurs alpins de Gap, partenaire dans l’organisation de l’épreuve. Une organisation, par ailleurs et une fois de plus, sans faille.

© Ville de Gap 2011

Nous remontons alors une combe étroite et sinueuse. Du fait de l’humidité ambiante, la végétation change complètement. La forêt s’étoffe, les résineux reprennent possession des lieux, le chemin calcaire devient alors boueux ou recouvert de feuilles d’automne aux reflets d’or ou teintées de carmin. J’ai par endroit l’impression de revivre la montée de Champex lors de la CCC. Cette géographie des lieux, inexistante par chez moi, est prompte à la rêverie. Je prendrai beaucoup de plaisir lors de cette section même si je commence à accuser le coup. Les nombreux dépassements dont je fais l’objet le confirmeront.

J’arrive avec un petit coup de mou au troisième ravitaillement de Chaudun, un village cette fois bien désert. J’en profite pour prendre un peu de solide que j’aurai, une fois de plus, du mal à avaler. Manifestement, à part les gels, y’a pas grand-chose que j’arrive à ingurgiter en course… Et encore… A ce jour, il n’y a bien que les gels liquides d’Overstims qui ne me donnent pas la nausée. Il ne reste plus à ce qu’ils deviennent bon marché pour les adopter définitivement (message à l’attention de la maison mère).

Allez, on se reprend ! J’attaque la dernière grosse difficulté, les 800 mètres de dénivelé qui nous séparent du Pic de Gleize. Rien de mieux, dans les moments de faiblesse, que de discuter avec les autres. C’est ce que je ferai agréablement tout le long de la montée.

Au sommet, un vent froid et violent fini de me redonner de l’énergie. Mais c’est avec prudence que j’entame la descente, dangereuse dans sa première partie. Je finis par rejoindre plus vite que je le pensais le col de Gleize ou se tient le quatrième et dernier ravito.

© Ville de Gap 2011

Un simple verre d’eau fera l’affaire. Sans perdre de temps, je file sur la dernière portion descendante de 7/8 km dans laquelle j’avais bien souffert l’année précédente. Mais cette fois, c’est royal ! J’ai la possibilité d’accélérer et la dernière portion sera négociée en 40 minutes. Je me paierai même le luxe de me lancer dans un sprint final avec un coureur dépassé quelques centaines de mètres avant. Il finira par me coiffer sur la ligne, suite à formidable retour. Nous nous félicitons mutuellement pour ce challenge bon enfant et improvisé qui aura eu le mérite d’assuré le spectacle auprès des nombreux spectateurs présents.

L’édition 2012 du Trail Edelweiss aura été bouclée pour moi en 06:24:42, me plaçant 95ème au scratch et 31ème V1. Objectifs atteints !

Le grand moment d’émotion de cette course sera l’arrivée triomphale de Jeff et Renaud. En effet, discret comme il est, Jeff aura su monopolisé l’attention des spectateurs. Renaud, le visage grave, est à bout de force. Il puisera ses dernières ressources dans celles de Jeff qui passera la ligne, lui, rayonnant et jovial. Un bien beau moment de partage qui rappelle qu’avant tout le trail est une formidable aventure humaine.

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6 réflexions au sujet de « Mind the Gap (en’Cimes) »

  1. Wouais, c’est vrai, j’ai morflé 😉 et malgré la chute à qq km de l’arrivée et une fin douloureuse, passer la ligne a été un beau moment de bonheur. Merci Jef.

  2. Joli récit sur cette « Gap en cime ». Tu as fait un bon résultat . J’en ai souvent entendu parler. Les paysages sont somptueux parait il.

    • Merci pour ton commentaire.

      Je te confirme que le parcours et les paysages sont somptueux et très variés.
      Une course incontournable des Hautes-Alpes qui se déroule à une période où les couleurs sont magnifiques et les températures encore clémentes.

      A bientôt.

  3. Grâce à ton commentaire sur mon blog, j’ai découvert le tien, très complet et très agréable à lire.
    Une belle course que cette Gap’encîmes, une course qui me tient à coeur car ce sont des crêtes que je vois depuis mes fenêtres.

    • Hello Thierry,
      Quelle chance d’avoir tous les jours la montagne de Charance sous les yeux !
      C’est une région magnifique et c’est un des plus beaux trails que j’ai fait. J’avais couru le 25 km en 2011. En 2012, je me suis lancé sur le long et je ne le regrette pas du tout. C’est vraiment un superbe parcours très varié et très exigeant.
      A chaque fois, j’ai été admiratif de l’aisance des gapençais sur ce type de course. Le niveau est globalement nettement supérieur à celui des départements limitrophes avec un esprit « montagne » que j’affectionne particulièrement.
      J’ai fait aussi le Champsaurin à Ancelle la même année. Je garde de très bons souvenirs là aussi.

      J’espère à très bientôt ici, sur ton blog ou sur Kikourou et, pourquoi pas, sur une des belles courses de ta région.
      Je rajoute ton blog dans ma liste des favoris.

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