Sainte Baume au cœur

Trail de la Sainte Baume 2013

La journée commence par un magnifique levé du soleil sur la Sainte Victoire. En effet, un plafond nuageux très bas donne des reflets rouges orangés à la montagne chère à Cézanne exacerbant son aspect imposant et dominateur. Mais ce n’est pas cette montagne la vedette du jour (elle le sera dans un mois à l’occasion du Trail Sainte Victoire) mais sa grande rivale, la Sainte Baume. Cette dernière n’a pas la même notoriété que le massif de le Sainte Victoire, pourtant son point culminant, le Pic de Bertagne (1042 m) dépasse de 31 mètres celui de la montagne aixoise, le Pic des Mouches (1011 m). Pour être tout à fait exact, le plus haut sommet du la Sainte Baume est le Joug de l’Aigle (1146 m) mais il se trouve dans le département du Var. Fin de la parenthèse géographique…

Les organisateurs historiques, le Marseille Trail Club, ont tous les ans à cœur de montrer que non seulement la Sainte Baume est la plus haute montagne des Bouches du Rhône, mais a aussi son trail le plus difficile.

Cette année encore le club organisateur a concocté 2 parcours : Un parcours de 46 km avec  2700 m de dénivelé. Un autre de 23 km pour 1350 m de D+. J’avais coché pour 2013 la réalisation du grand parcours que je n’ai encore eu l’occasion de faire. Mais au regard de mes blessures successives et d’un état de forme en conséquence, il  paraissait plus raisonnable de m’inscrire sur le petit, d’autant plus quand on connaît la difficulté des parcours estampillés « Marseille Trail Club ». Faire le grand parcours, c’est pour moi s’engager sur au moins 5h30 de course. Pas franchement envisageable aujourd’hui…

A la vue du parcours, du dénivelé et de ma forme, j’estime  ma course en 2h40. On verra bien… Ça fait 3 mois que je n’ai pas fait de compétition et je me sens bizarre, comme si c’était à nouveau ma première course. En plus de blessures et de baisses de performance, j’ai hérité du doute. La dernière compétition s’étant soldée par un abandon, j’ai peur de revivre la même chose. Est-ce que ma déchirure du moyen fessier est parfaitement rétablie ? Est-ce que je vais être capable d’enchaîner la quasi-totalité du D+ qui se concentre sur la première montée ? Est-ce que je vais être capable d’aller vite en descente ? Des questions qui semblent incongrues quand on a 3 ans de pratique du trail et plusieurs milliers de km et de D+ au compteur. Mais la course à pied m’a rappelé récemment qu’il faut l’aborder avec d’humilité car rien n’est jamais acquis.

Arrivé de bonne heure à Cuges-Les-Pins, j’encourage les coureurs au départ du 46 km. Je reconnais de nombreuses têtes. Une fois de dossard épinglé, je file m’échauffer. Là encore, je croise une tête que je reconnais, mais ce n’est pas un traileur de la région… Non, il me semble reconnaître un coureur/blogueur avec qui j’ai échangé via internet. Effectivement, il s’agit de Thierry Faucon. C’est quand même sympa WordPress !

Nous finissons de nous échauffer ensemble pour faire plus ample connaissance et allons ensuite nous caler sous l’arche. Le départ est donné à 9h, je suis Thierry sur les premiers kilomètres de la montée… Arrivé sur les crêtes il disparaîtra de mon champ de vision.

La première section du parcours, qui se résume à 9 km de montée crescendo, se passe plutôt bien. Je ne force pas trop, de peur de réveiller mes douleurs à la hanche. Mais c’est le mollet droit qui prend le relais. En effet, je me suis fait une légère contracture le jeudi précédent lors d’un entraînement un peu (trop) rapide. Ça commence à faire un peu mal mais je serre les dents. Des coureurs me doublent, je les rattrape, ils me redoublent. Tout est normal. Tant que ce n’est pas des wagons entiers de coureurs qui me passent devant c’est que je suis dans le bon rythme de la course, par ailleurs très soutenu. Effectivement j’ai constaté peu d’échanges entre coureurs, chacun ayant le point commun d’avoir le souffle court.

A l’approche des crêtes, j’entends Richard, avec qui j’avais fait une bonne partie du Trail Sainte Victoire 2012, nous encourager. Son éternelle bonne humeur me donne des forces pour négocier le dernier raidillon.

Enfin les crêtes et une vue à 360° degré sur la toute région. C’est magnifique, d’autant que le soleil commence timidement à faire son apparition.  Au loin, il illumine majestueusement la Sainte Victoire, qui, vue d’ici, ressemble une œuvre mystique plongée dans la pénombre qu’on aurait éclairé à la bougie pour en accentuer son côté inquiétant ou mystérieux. A croire que, depuis ce matin, tous ces signes laissent présager une édition 2013 du Trail Sainte Victoire bien différente de ce que j’ai connu jusqu’à présent… J’en serai fixé dans un mois.

Trail de la Sainte Baume 2013

Les crêtes © Photo Ostrogo

Trail de la Sainte Baume 2013

Les crêtes © Photo Ostrogo

Pas le temps de se laisser distraire car progresser sur les crêtes demande d’être vigilent Une cheville est vite retournée (au mieux) ou fracturée (au pire) dans le lapiaz…  Le parcours bascule en face nord est de la Sainte Baume dans une courte mais très raide descente, rendue extrêmement glissante par les pluies de l’avant-veille. Malgré le danger, je me lâche un peu, d’autant qu’en descente mon mollet droit me fait nettement moins souffrir.  Je ne suis pas spécialement bon en descente mais dès que c’est technique et vertigineux, je suis nettement plus  à l’aise que la majorité des coureurs. Mon passé de grimpeur de rocher doit en être la raison principale.

Arrivé au second ravitaillement, je ne prends pas plus le temps de m’y arrêter qu’au premier. Généralement, sur les courses de moins de 3h, j’ai pour habitude de partir en autonomie complète. Faut d’ailleurs avoir un gros moral pour ne pas s’y arrêter tellement les buffets et l’ambiance assurée par les bénévoles du MTC donnent envie ! Tant pis, j’en profiterai à l’arrivée…

Nous contournons le Pic de Bertagne par l’extrémité est du massif pour remonter quasiment au sommet par le Col de Fauge. Les falaises au-dessus de nos yeux sont imposantes, la végétation luxuriante. C’est superbe ! Nous aurons également la joie de courir quelques sections dans la boue. Profitons-en car ça reste relativement rare dans notre région.

Maintenant, c’est 8 km de descente… Yes ! Je vais pouvoir soulager mon mollet qui désormais me bien souffrir. La pente est un raide au départ mais devient rapidement un faux plat descendant un peu pénible car la végétation empêche de voir ou se trouve Cuges-Les-Pins et son arrivée. Je rejoins la troisième féminine que j’encourage en doublant pour me mettre dans les roues de la jeune seconde, quelques dizaines de mètres devant. Elle a l’air en difficulté, elle sait la troisième toute proche et semble perdre du terrain. Toujours derrière elle, je l’encourage à rien lâcher, de se laisser aller quand la pente le permet, de raccourcir sa foulée pour éviter un freinage involontaire et contre-productif. Ce sont des évidences certes, mais qui peuvent aider quand la lucidité commence à faire défaut.

Elle freine d’un coup puis attraper une corde fixée pour un passage raide. Surpris et arrivant comme une balle, j’ai juste de temps de l’éviter et je saute la section dangereuse à  la limite de la chute. Quelques mètres de pente raide en plus et je ne contrôlais plus rien… Ouf ! Du coup, sans le vouloir, je me retrouve devant la jeune championne. Ça ne change rien, je continue de l’encourager, lui intimant de me suivre. J’augmente peu à peu la foulée pour atteindre des pointes à 18 km/h. Elle est toujours derrière et manifestement, mes encouragements portent ces fruits. Ayant bénéficié à de nombreuses reprises d’une aide précieuse, je suis tout heureux d’être utile à mon tour. Un bel instant de bonheur où l’on constate le chemin parcouru et l’expérience acquise qui n’a finalement d’intérêt que si elle profite aux autres. Entre mes premières courses et celle-ci, j’ai fièrement l’impression d’avoir transmis un relais.

Trail de la Sainte Baume 2013Les premières maisons signalent une arrivée toute proche. J’ai encore de la réserve et même si maintenant tout  le mollet droit est irradié, l’adrénaline se charge de fausser l’information de la douleur au cerveau. De nombreux coureurs à bout de souffle sont dépassés sur les derniers mètres et c’est tout sourire que je passe l’arche d’arrivé, accompagné par la salsa endiablé des musiciens présents sur scène à l’arrivée. Une excellente idée des organisateurs que d’avoir privilégié un groupe en live, plutôt qu’une sono impersonnelle qui crache trop souvent de la mauvaise musique.

J’aperçois Thierry qui est arrivé depuis quelques minutes. Nous nous congratulons et échangeons nos impressions à chaud. Je me retourne pour féliciter la seconde féminine qui s’est accrochée jusqu’à la fin. Ses remerciements me font très plaisir. Je suis comblé d’avoir modestement participé à la conservation de sa seconde place.

Côté chiffres, je termine 70ème au scratch et 22ème Vétéran 1 pour une course en 2 heures 39 minutes et 52 secondes. Si je n’ai pas été un coureur exceptionnel, j’ai été par contre un excellent pronostiqueur, arrivant 8 secondes en-dessous de l’objectif fixé ! Je profite alors à fond du soleil bien présent et de l’ambiance caliente du groupe de salsa pour encourager les arrivants du 23 km, accueillir les premiers du 46 km et discuter avec quelques coureurs et bénévoles. Une bien belle journée de mars avec déjà un air de printemps.

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15 réflexions au sujet de « Sainte Baume au cœur »

  1. Superbe CR!
    Te voila maintenant rassuré. L’année 2013 commence bien pour toi.
    Cette assistance à la deuxième féminine, voila une belle image de ce qu’est « le trail ». Toutes mes félicitations. Bonne récupération et maintenant toutes les portes te sont ré ouvertes, il ne te restait plus qu’a « te » le prouver…C’est fait!

      • Tu sais Fred, je ne fais que très peu de compétition..Et vu mon niveau actuel il va me falloir déjà retrouver un minimum de vitesse et aussi perdre quelques kilos pour être plus en phase..et ça, ça va prendre du temps..Merci de ton soutien.

      • Je parle compétition mais ça peut aussi être un off entre amis ou tout autre objectif qui te redonnera envie de sortir le dimanche matin, même sous le mauvais temps.

  2. Bravo pour ta course et ton super récit, j’ai refait le parcours dans tes traces!
    Content d’avoir pu faire ta connaissance et à bientôt sur une autre course j’espère.

  3. Ping : Trail de la Sainte Baume (La boucle Cugeoise) 23km 1300 mD+ – 10 mars 2013 | Thierry Faucon, coureur à pied

  4. Bravo pour cette belle course, et superbe C.R. Les photos sur les crêtes sont magiques Ça m’a donné envie de la faire cette course qui plus est, est quasi à domicile.

  5. Salut Florent.
    Tu es du coin et tu n’as pas encore fait la Sainte Baume ?
    Il faut absolument corriger ça dès l’année prochaine.
    Tu as prévu quelles courses dans la région (à part celles que tu mentionnes sur ton blog) ?

    • Salut Fred,
      Je louche sur les 21km du Trail des Maures, ainsi que sur le 13km du Trail des Lucioles de Roquebrune. Le Porquerolles Trail Challenge en octobre me tente bien aussi. Un peu plus loin et hors région, je serai sur la ligne du Trail en Aubrac (le 28km) en juin. Rien n’est encore décidé et je ferai suivant l’envie et la forme du moment, et comme chacun d’entre nous, je dois aussi faire en fonction des obligations professionnelles.

  6. Très sympa ton CR.
    Je vais presque régulièrement dans ce coin. Il va bien falloir que j’y fasse une course un jour.
    En tout cas ton récit fait envie 😉

  7. Ping : 2013 pour toujours ! | Highway To Trail

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