La puissance du dossard

Dossard CCC 2012Lors de mes débuts en course à pied, l’idée de porter un dossard me semblait totalement incongrue. Pour quoi faire ? Pour prouver quoi ? A qui ?

M’entraîner seul ou à plusieurs sans rechercher la confrontation (car la compétition en est bien une, quoiqu’on dise) me semblait être le bon équilibre, une pratique de la course à pied en harmonie avec mes convictions. Jusqu’à ma première course…

Un carré de papier où est inscrit un numéro et 4 épingles furent comme autant d’hosties, non pas pour communier avec Dieu, mais avec moi-même. Avoir un dossard a été et est toujours comme recevoir une précieuse mission, un passeport pour l’aventure, physique et intérieure.

Dossard Fragment 2Le dossard est comme le slip de Superman, les oreilles en pointe de Batman, le collant de Spiderman ou le jean déchiré de Hulk. Il ne nous donne pas plus de pouvoir mais sans cet accessoire indispensable, pas de super héros ! Porter un dossard, c’est porter son costume de super héros. C’est s’engager et être prêt à devenir le temps d’une course une personne extraordinaire au sens littéral. C’est sortir temporairement de sa condition d’homme  et de femme, de s’élever au-dessus de ses faiblesses afin d’aller chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre, comme l’a écrit Pierre de Coubertin en parlant plus généralement du sport.

Dossard Fragment 1Le dossard est donc un symbole. Il n’a aucun pouvoir en soi si ce n’est de transcender le corps et l’esprit. Il n’est qu’un chiffre parmi des centaines d’autres, voire des milliers pour les grosses compétitions. Mais il fait partie d’un tout ! Le dossard « 1384 » à une raison d’exister parce que les dossards « 1383 » et « 1385 » existent eux-aussi. Oui, mais je ne suis pas un numéro, je suis un Homme libre ! Soit, mais le temps d’une course l’Homme est son chiffre et vice versa. Et comme nous l’avons vu plus haut, un Homme avec un dossard est bien plus que ça !

Dossard Fragment 3Le dossard est un témoin. Il révèle la peine, la sueur, le bonheur d’une existence en pleine santé. Il suffit qu’un coureur tombe sur un vieux dossard au fond d’un tiroir pour qu’il revive sa course et ressente les émotions passées. C’est le plus précis des comptes rendus de course à la différence qu’il n’est pas transmissible. Un dossard n’a qu’un propriétaire, qu’une mémoire et ne transcende que celui qui l’a épinglé au départ.     

Dossard Fragment 4Le dossard est une promesse pour celui qui le porte. L’engagement d’aller au-delà de ses capacités. En retour, c’est l’accès au partage et la possibilité de se nourrir de la volonté et de la force des autres. C’est un écosystème où la force physique, la volonté, le courage et l’abnégation sont réparties dans chaque coureur. La course crée une interdépendance de fait. Enlevez quelques  dossards et ce sont alors tous les coureurs qui sont en danger, comme en déficit d’oxygène.

Dans une vie aujourd’hui aseptisée où toutes les menaces doivent être absolument écartées, l’incertitude d’une course est finalement salvatrice. Le dossard remet les pendules à l’heure et confirme, à qui en douterait encore, que la vie est un inexorable passage du temps (le chrono, les barrières horaires), une perpétuelle remise en question, un apprentissage permanent de soi et des autres.

Dossards

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18 réflexions au sujet de « La puissance du dossard »

  1. Bel hommage à ces bouts de papier qui nous suivent dans l’effort et qui sont de vrais souvenirs des années plus tard effectivement. De mon côté, accrocher un dossard est un vrai rituel et me permet de rentrer dans la course, de me concentrer sur ce qui m’attend.

    • C’est vrai que l’accroche du dossard est un moment important. Puisque tu parles de rituel, le mien commence la veille dans la préparation du sac. Je ne le fais jamais à l’arrache au dernier moment. Je prends même souvent deux tenues et paires de running au cas où… Au cas où quoi ? J’en sais rien 🙂

      Merci pour ton témoignage et à très bientôt.
      Je pars à la découverte de ton blog !

      • C’est vrai que la prépa du sac est aussi importante!
        Pour mon blog c’est un début (ou plutôt un renouveau puisque qu’il prend une tournure « trail » que depuis quelques semaines), j’espère que tu seras indulgent! ;).
        A bientôt

      • Il n’y a rien de plus vrai, faire son sac la veille d’une course, les petits rituels, chaque chose à sa place sur la table, chaque chose à sa place dans son sac …
        Et attention à celui qui déplace ne serai-ce que ma paire de chaussette ! hahaha

        En tout cas un bien bel hommage à « ce bout de papier » , qu’il soit beau ou moche (que je sais que quand je faisais du cross, on avait toujours des dossards « conseil général du gard » aussi grand qu’une feuille A4 et terriblement laid, mais ils sont quand même accrochés sur mon mur ^^)

      • Le cross… Une magnifique école du courage !
        Tu as d’excellentes bases, tu es encore jeune et une marge de progression incroyable.
        Qui sait, tu es peut-être le prochain Killian Jornet !
        Je trouve ça génial de voir autant de jeune venir à la course à pied et particulièrement sur le trail. Ils boostent les plus vieux et vont évoluer ce sport à vitesse grand V.

    • J’ai tout appris en cross, le respect, la souffrance, le courage comme tu dis et les départs très rapides (je crois que ça je les ai bien retenu, je pars toujours comme un abrutis sur mes courses …)
      Le prochain Kilian Jornet heu non, déjà trop tard et puis j’ai pas la prétention, même si ca ne m’aurai pas gêné de prendre le flambeau !

      On booste les vieux, mais ils en ont des choses à nous apprendre ces papis traileurs!

  2. Belle reflexion aboutie sur la représentation personnelle du dossard. Pour moi, épingler un dossard c’est donner un sens aux entraînements. Quelle utilité de sortir courir jour après jour si rien ne vient valider que tous ces efforts et sacrifices consentis ne sont pas vains.

    • Salut Florent,
      Content de constater que tu peux reprendre l’entraînement.

      Je partage évidement ton point de vue même s’il existe des milliers de coureurs qui ne sentent pas le besoin de valider leurs acquis au détour d’une compétition. Chose que j’ai un peu de mal à comprendre. En tout cas, je pense qu’ils passent à côté d’une expérience motivante et enrichissante.

  3. Le dossard est aussi souvent le seul vrai souvenir d’une course. Le tshirt qu’on te file à la fin, il est sympa, mais il n’est pas marqué par la course. Sur ton dossard, tu as des trous, tu as parfois le coup de crayon du mec qui a fini la course et qui va chercher ce tshirt qui finira dans un tiroir. Et pour moi, j’ai la date, le nom de la course, et mon temps. Ce bout de papier y était avec moi, il a pris la sueur, le vent, le froid, le chaud. Et ils tiennent tous dans une boîte, c’est pratique 😉

    • Ah ! Le fameux tee-shirt de course dont on ne sait plus quoi en faire tellement on en a…Tu as bien raison, le dossard a beaucoup plus de gueule et de vécu !
      A part ma veste Finisher CCC qui reste une sacré fierté même si je la porte rarement (c’est fait un peu le mec qui se la pète :))

  4. Ah oui, une autre remarque. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi,il faut qu’il soit accroché DROIT ! Bien. Qu’il ne pendouille pas mollement, il faut qu’il soit fièrement porté, assez haut, bien tendu, bien droit. Le dossard, c’est le numéro qu’on voyait des mecs à la télé dans les compèts. Donc là, on en est. On ne peut pas le porter de guingois, il faut avoir l’air d’un athlète non ? 🙂

    • Excellent ! Je suis pareil…
      A croire que les coureurs sont en fait des anxieux bourrés de TOC 🙂

      Sans que ça devienne obsessionnel, je reconnais qu’également je m’applique à bien positionner mon dossard pour avoir un peu d’allure. D’ailleurs, je peux étendre ce comportement à ma tenue en générale. C’est souvent un sujet de chambrage entre collègues. « T’as jamais un faux pli au tee-shirt », « Quand les autres sont couverts de boue, tu arrives toujours impeccable », etc. C’est un peu old school comme raisonnement mais avoir de l’allure c’est important (surtout pour un coureur :)) quand on représente son club ou soi-même et pour peu qu’on ait de l’estime pour l’un ou l’autre.

      Je vais encore plus généraliser en disant que j’ai du mal avec les sportifs qui, sous prétexte d’efforts physiques intenses, se laissent aller comme s’ils étaient « à la maison » (cracher, se moucher dans les doigts, uriner à la vue de tous au bord des chemins). Ça ne me gêne pas outre mesure certes, mais bon, un peu de dignité quoi ! 🙂

      • Moi j’aime bien arriver sale si c’est une course nature. Le dossard trempé de sueur, tâché, ça me dérange pas, j’aime bien les objets qui vivent. Mais je suis d’accord, la dignité, ça compte, et de toute façon, l’attitude en course montre qui tu es. Si tu baisses la tête, que tu regardes tes pieds, que tu te fous de tout, ça peut pas donner des vraies perfs. Le vrai qui n’en veut, peu importe sa vitesse, il garde la tête haute, il regarde devant (bon ok, en trail, un peu devant lui aussi ;).

  5. Belle réflexion sur le dossard, cet objet simple et en même temps si symbolique.
    On peut quasiment vivre les mêmes émotions que les champions, quelque soit notre niveau.
    Je crois que nous sommes tous de grands enfants qui aiment jouer et s’affronter, dans un monde parallèle, déconnecté de la vie quotidienne, dans une saine compétition sans conséquence sur le monde réel.
    Je ferai sans doute un lien vers ce bel article dans un des miens!

    • J’aime beaucoup ta vision Thierry.
      Peut-être que nous recherchons inconsciemment des sensations liées à l’enfance. Se courir après des après-midi entier et rentrer à la maison les joues toutes roses et les vêtements dans un sale état, c’était du trail avant l’heure 🙂

      Le terme de compétition a pour beaucoup une connotation négative. Elle est toutefois bien acceptée en course à pied car à partir du moment où nous franchissons la ligne nous sommes tous des vainqueurs.

  6. Je commence un mur de dossard chez moi et c’est vrai qu’en les voyant, je me dis que j’ai sué pour les avoir et que j’ai souffert mais au final ce n’est que du bonheur ! On les aimes nos dossards avec « nos » numéros 🙂

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