Trail Trans-Piades

Trail Trans-Piades

Je n’avais pas prévu de faire cette course mais grâce à l’émulation des copains j’ai délaissé ma femme et mes enfants le temps d’un samedi après-midi pour un 25 km en colline. Ce trail a lieu aux portes du Verdon, à Vinon-sur-Verdon, situé à quelques encablures du lac d’Esparon.

La particularité de ce village Varois est qu’il se trouve quasiment à l’intersection de 4 départements : Le Var, Les Alpes de Hautes-Provence, les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. L’association V3T (Verdon Trois Terroirs) organise tout le week-end les Trans-Piades, une manifestation qui regroupe trail le samedi après-midi et VTT le dimanche

Trail Trans-Piades

Pour les cinq compères que j’accompagne et moi-même, le programme sera un parcours de 25 km et 820 m de D+. Pas d’objectif particulier pour moi, si ce n’est faire un peu de vitesse. Pour mes collègues par contre, c’est une course avec de gros enjeux. C’est l’occasion pour eux de laver certains affronts du passé. Ils ont l’intention d’en découdre afin de déterminer le classement de la deuxième division comme ils ont l’habitude de dire. Rien à voir avec l’ambiance que je connais quand je suis seul sur une course. Depuis de départ d’Aix en Provence l’ambiance alterne entre vannes (de compétition elles…) et éclats de rire.

Sous l’arche, nous sommes très exactement 55 coureurs au départ. Cool ! On ne va pas se marcher dessus ni créer de bouchon dès le premier single. Ça n’empêche pas les coureurs de partir très vite. Pour la première fois, je pars devant avec deux autres coureurs.

Après un kilomètre de course on attaque les singles et les bosses. Je laisse passer deux ou trois coureurs et me cale, à contrecœur, sur un rythme plus confortable car je risque d’exploser rapidement à cette allure. Soyons patient, j’aurai probablement l’occasion d’en retrouver deux ou trois sur la fin du parcours…

Une bonne partie de la course se déroule à l’ombre des forêts. Elles sont nettement plus denses que celles auxquelles nous sommes habitués dans les Bouches-du-Rhône. Les pluies de la veille rendent le terrain agréable à courir. Il est souple sans être boueux. Mes Salomon S-Lab Feelcross au pied, c’est un vrai bonheur. Pour les courtes distances sur un sol meuble c’est ma chaussure préférée. C’est nerveux et l’accroche est sécurisante. Le parcours alterne entre petits singles sinueux et grand chemin. Dans les deux cas les vitesses atteintes sont élevés. Très peu de côtes raides ou de longues descentes pour faire descendre le cardio. A part une ou deux petites descentes raides, le parcours ne comporte pas de difficulté technique. Il n’en est pas moins difficile, ne comportant aucun moment de répit. Quasiment tout le parcours se fait en courant et quand vous devez grimper 100 mètres de dénivelé lancé à 15 km/h vous ressentez très vite l’asphyxie et les jambes qui brûlent. Mais il ne faut rien lâcher ! 25 km, c’est court et au regard de la configuration du parcours ça représente moins de 2h30 de course à un rythme intense. Je devrais pouvoir gérer.

Électrisé par le fait de courir en tête de course, je ne baisse jamais le rythme. Les conditions météo sont idéales (légère pluie au départ, température autour de 15°C), la forme est là et la tête de course à ma portée. Je me surprends à penser qu’il y a un coup à jouer. J’accélère ! J’ai l’impression de produire l’effort d’un 10 km sur route. Je ne tiendrai jamais les 15 km supplémentaires…

Fred

A mi-parcours j’arrive à me sentir un peu mieux. Le rythme est toujours soutenu mais je suis moins en souffrance. J’arrive même à échanger quelques mots avec un coureur qui vient de me rejoindre. Nous ferons une belle portion du parcours ensemble. Mais lui comme moi sommes en mode compétition n’avons aucune envie de céder notre place. Chacun y va de son petit coup d’intox : Lui accélère en descente et sur le plat. Quant à moi, je le rejoins facilement dès que ça monte. J’en rajoute en m’assurant le ventiler sans bruit afin de lui casser le moral. « Oui mon gars, j’en ai grave sous le pied et je vais finir comme un avion de chasse », pensais-je. Chacun dans son effort physique rajoute la guerre des nerfs. Une belle bataille de gentlemen certes mais une bataille quand même. Au kilomètre 16, il accélère sur une longue portion plate et me distance rapidement. C’est à mon tour d’en prendre un coup au moral. Bien joué… Je m’incline…

Je me remobilise en captant mon attention sur un autre coureur que je semble rattraper. Ça sera mon nouvel objectif de cette fin de course. Je ne m’arrête pas au troisième et dernier ravitaillement. Pas plus que les deux premiers d’ailleurs. Je suis en autonomie complète avec 1200 ml d’eau et 3 gels. La température est fraîche, je devrais tenir jusqu’au bout. A ce ravitaillement je vois arrêté le coureur qui m’avait largué quelques minutes avant. Il semble manifestement à la peine. En effet, il se tient les mollets, victime de crampes. De me voir à nouveau le dépasser l’encourage à repartir plus vite qu’il ne l’avait prévu. Il s’accrochera pendant un kilomètre puis perdra inexorablement de la distance.

Une autre bonne nouvelle se profile un peu plus loin. Deux coureurs sont à ma portée. Il reste 5 km et ce sont les 25/30 minutes de vérité. C’est la partie de course la plus difficile mais aussi la plus stimulante : celle où il faut débrancher le cerveau et tout envoyer ! Ils ont senti mon approche et ne sont pas décidés à me laisser la place. La tête de peloton est sans pitié. On y trouve des coureurs aguerris qui ont l’habitude de souffrir. Si je veux passer devant il faudra que je souffre encore plus. Une belle et franche montée me donnera cette opportunité. Ça pique les cuisses mais toujours moins que celles des deux autres. Yes ! Je suis heureux car les heures de dénivelé que je me mange actuellement à l’entrainement portent ses fruits ici et maintenant ! J’arrive encore à trottiner là où les autres en sont réduis à marcher… Très vite malgré tout.

Je rejoins les berges du Verdon. L’arrivée est à moins de deux kilomètres. Que c’est difficile d’accélérer quand le jus commence à manquer. Mais il ne faut pas ralentir, au contraire. C’est plat et roulant…

Plus qu’un kilomètre et demi à en baver, c’est rien. Fonce ! Je passe de 13 à 13,5 km/h de moyenne. La respiration est saccadée. Au bout du canal un coureur semble ne plus avoir la force d’avancer… 14 km/h, je le dépasse en l’encourageant à s’accrocher pour les 500 derniers mètres.

Je ne cherche pas à me retourner pour voir s’il a suivi mon conseil. Moi, je fonce et c’est à près de 15 km/h que je passe la ligne. Je suis explosé mais heureux d’avoir tout donné pendant 2 heures 16 minutes et 50 secondes (le chrono officiel a rajouté plus de 2 min à tout le monde pour je ne sais quelle raison). Ce classement confirme ma forme du moment. Je termine 8ème au scratch et 4ème V1. Je relativise ce bon résultat par le fait que nous n’étions que 55 coureurs sur ce format et que bien évidemment les cadors du Challenge des Trais de Provence étaient loin d’être au complet. Ça ne m’empêche pas de savourer ce moment avec le sentiment valorisant d’être récompensé de mes efforts et d’autant plus fier qu’une bonne partie de mes potes de course à pied sont là.

Ils arriveront à leur tour : Près de 40 après minutes après pour certains. Plus d’une heure pour d’autre. Mais tout le monde est heureux même si pour l’heure les visages sont figés et certains ont envie de vomir. Preuve que chacun a souffert mais aura dépassé cette souffrance pour remplir son objectif personnel. Ces moments que tous les coureurs du monde connaissent, qu’ils soient débutants ou expérimentés, rapides ou lents et qui font que la course à pied est si agréable à partager.

Voir la course sur Movescount

Crédit photo : Bruno Vacherand-Denand

Résumé Trail Trans-Piades 2013

Distance

Dénivelé

Chrono

Classement

FC Moyenne

Lieu

25 km

800 D+

2:16:50

8/55

(4 V1M)

158 bpm

86%

Vinon

sur-Verdon

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18 réflexions au sujet de « Trail Trans-Piades »

  1. Tu as mener là une belle bataille. Finir à plus de 14km/h, quelle forme!
    Encore bravo, et ton récit est palpitant.

    • Merci Vincent.
      Quand on a la forme le risque est d’en faire trop. Pourvu que ça tienne jusqu’à fin août !
      Je garde à l’esprit que l’objectif est bien celui-là.

  2. J’ai pas , j’ai lu tout d’une traite. Félicitation pour cette 4eme place chez les papy 😜 et effectivement tu tiens une forme du tonnerre. T’es pardonné pour ta ( soit disant) mauvaise perf de ce soir. Bon la prochaine fois tu montes sur le podium😉

    • Tu m’as bien fait marrer.
      Je crois que je vais ouvrir la rubrique « J’irai courir après vous (une gourdin à la main) » et tu seras mon premier invité 🙂
      Merci pour ton passage et ton commentaire.

      • Ben si t’es dispo je t’accueille volontiers le 6 Juillet pour la sortie j’irai courir avec vous ( après avec un gourdin ou pas c’est toi qui voit lol).

  3. Bravo pour ce beau classement et ce beau dépassement de soi ! Un récit palpitant … Je serais tentée de dire « comme toujours » ! Petite question tout de même, c’est quoi des « singles » en trail ? (Bé ouais, je suis 100% route pour le moment, connais pas !)

    • C’est sympa merci.

      Le single (ou monotrace) est un petit sentier où on ne peut pas (ou difficilement) doubler.
      Ces parties sont généralement « techniques » (accidentées, virages nombreux, pentes raides, etc). Les singles font généralement appel à d’autres compétences et font travailler d’autres groupes musculaires que ceux du coureur sur route comme l’équilibre, l’anticipation, le contrôle (on se laisse vite emporter par l’élan dans les fortes pentes…) la marche rapide, le haut du corps (quand on utilise des bâtons ou dans les passages de grimpette), etc.

      On double quand même sur un single mais ça oblige à « jardiner » (sortir de la trace pour doubler à gauche ou à droite) et ça demande un effort court mais parfois violent en montée par exemple.

      C’est bien que tu poses des questions car le trail a lieu aussi son vocabulaire et son jargon qui n’est pas forcément explicite pour les novices 😉

  4. Joli CR Fred. J’ai également apprécié ces sous bois tout en souplesse, ce qui nous change de la caillasse blanche de la région Marseillaise.

    • Merci Pascal pour ton passage ici.
      Tu auras remarqué que je n’ai pas vécu la même course que celle de Chap…
      Son récit mériterait d’être partagé sur le net mais il faudrait activer le contrôle parental 🙂

      • Pourquoi t’as pas rajouté une photo du bode? ca aurait ajouté une pointe humoristique à ton récit :))
        Joli CR … ca se lit tout seul 🙂

    • Bonsoir Fabrice,
      Cette course était superbe. Vous avez un très beau terrain de jeu autour de Vinon. Quant à l’organisation, rien à dire. Le prix mini de l’inscription devrait servir d’exemple aux autres organisations.
      Si je devait formuler une critique, je dirais qu’il manquait un peu de rubalise sur le parcours de 25 km à certaines intersections. Mais rien de dramatique et tout le reste était parfait, surtout la bonne humeur des bénévoles.
      Une course à refaire et pourquoi pas en VTT la prochaine fois.

  5. Ping : Trans-Piades 2014, bienvenue chez Jardiland… | Highway To Trail

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