Trail du Mont Olympe

Trail du Mont Olympe

Ce dimanche matin j’ai le sentiment de revivre le même début de matinée qu’il y a tout juste un an : Je participe à la même course dans les mêmes conditions. Il pleut des cordes et le parcours de la seconde édition du Trail du Mont Olympe promet de se transformer en sortie canyoning.

Même course, même condition… C’est l’angoisse. En effet, l’an dernier je vivais la douloureuse expérience  d’abandonner une course  sur blessure. Après 5 km de course je me faisais une vilaine déchirure du moyen fessier m’obligeant à l’arrêt complet pendant un mois (voir le récit de cette aventure). Plus qu’une blessure, c’est le doute qui s’insinua et qui allait me poursuivre jusqu’au début de l’été. Cette course n’est pas d’impressionnante, c’est juste 29 km et 1400 m de D+. Mais j’ai en revanche le sentiment de faire une course maudite et les conditions analogues à l’an dernier semblent vouloir signifier que je vais revivre les mêmes événements désagréables, comme Bill Murray dans « Un jour sans fin ».

Avant le départ je n’y pense plus trop. L’ambiance est agréable et les discussions entre amis vont bon train. Chacun partage ses objectifs de l’année. La salle des fêtes est bondée. Cette seconde édition fait carton plein, malgré une météo exécrable. C’est impressionnant (inquiétant ?) comme le trail attire de plus en plus de monde, sachant qu’au même moment se déroule le Snow Trail de Chabanon, première épreuve du Challenge des Trails de Provence. Les prétendants au podium sont nombreux. A mon niveau, je découvre bien avant le départ que la bataille sera rude pour rentrer dans le top 50 des coureurs…

C’est un détail, le plaisir doit passer avant tout le reste… Mais je reconnais que la motivation n’est pas au top en ce moment et ce n’est pas mon quart d’heure d’échauffement qui me fera penser le contraire. Je me sens lourd, rouillé et… mouillé. Pourtant j’ai une charge d’entrainement tout à fait correcte actuellement. A croire que c’est la tête qui manque de pratique.

Les participants du 29 km s’élancent sous une pluie diluvienne. Nous parcourons 3 kilomètres de bitume en faux plat montant avant de rejoindre le premier chemin. Comme je l’attendais, les sensations ne sont pas au mieux mais j’avance, c’est le principal. Une fois sur le DFCI la pente devient plus raide et le plaisir prend enfin le relais. Je trottine avec nettement plus de facilité et l’horizon s’éclaircit à l’idée d’approcher les premiers singles. Au bout de 20 minutes ma course commence enfin !

Le parcours est très agréable. Les passages en forêt nous protègent un peu des intempéries mais donnent l’impression de courir à la tombée de la nuit. La première véritable montée se trouve à 6 kilomètres du départ. Nous grimpons de 150 mètres sur moins 600 mètres. Cette montée me permet de récupérer quelques dizaines de pulsations. Les cuisses chauffent un peu mais c’est normal au regard du rythme imposé.

Trail du Mont OlympeAu sommet le parcours rejoint une large piste puis à nouveau le bitume, heureusement sur quelques centaines de mètres seulement. Nous voilà sur les crêtes. Par intermittence j’aperçois au loin Sainte Victoire. La vue doit être splendide quand elle est dégagée. J’emprunte un single qui monte et qui descend au gré du relief. Ce passage est très ludique mais aussi très cassant. Il ne faut pas s’emballer car nous avons à peine parcouru 10 kilomètres.

J’arrive au premier ravitaillement. Juste le temps de dire bonjour (et surtout bon courage) aux bénévoles et je repars. Sur ces trails courts, je suis autonome du début à la fin donc pas d’arrêt au stand. Le parcours longe les crêtes sur encore un kilomètre avant de plonger côté sud. Nous quittons la forêt pour atteindre les vignes et le maquis. J’imagine tout à fait la chaleur qu’il peut faire ici en plein été. D’ailleurs le paysage porte encore les stigmates des incendies successifs. Pour l’heure, ce n’est pas la chaleur qui m’étouffe mais plutôt les 1h30 d’effort cumulé.

Ce n’est pas le moment de flancher car j’approche le passage critique de l’épreuve, la fameuse montée du Mont Olympe. Je vous rassure elle n’a rien d’impressionnant même si la pente est raide vue d’en bas. Il en faut plus pour terrasser les traileurs aguerris de la région. Cela dit, votre traileur préféré subit un sérieux coup de moins bien au moment d’attaquer la montée…

Un coureur me double à une vitesse fulgurante. Ca me coupe les pattes et le moral. Comment avoir autant de fraîcheur à ce moment de la course ? Je tente d’oublier mon passage à vide en m’accrochant à son allure. Je ne reste pas longtemps dans sa roue mais au moins, pendant ce temps, je ne pense plus à mes cuisses qui me font mal et à mes poumons qui brûlent.

Trail du Mont olympe

J’ai un peu récupéré en arrivant au sommet calcaire. Le ciel est encore bien chargé et les sommets environnants sont masqués par un épais rideau de pluie. Je quitte rapidement les lapiaz pour m’engouffrer dans le tunnel végétal qui matérialise la descente. Cette section est amusante et la souplesse du terrain permet d’atteindre une belle vitesse sans risque pour les chevilles. C’est tellement rare dans ma région les chemins de terre sans cailloux !

Au fond du vallon les flaques sont énormes d’autant que la pluie redouble d’intensité. Ça fait maintenant très longtemps que je ne les évite plus. L’eau atteint les mollets par endroit. Encore quelques kilomètres de plat et le sentier se redresse afin de rejoindre le second et dernier ravitaillement, situé au 20ème kilomètre. Je m’arrête seulement quelques secondes pour avaler un verre de coca et je repars aussitôt.

Les 3 kilomètres suivants sont superbes, très sauvages. Le parcours traverse une forêt dévastée par un incendie. Il reste  quelques immenses troncs parsemés dans le maquis. Ce décor de désolation m’évoque celui de La Route, le perturbant film de John Hillcoat (le roman original de Cormac McCarthy est à lire absolument). C’est triste et beau à la fois.

Je traverse un cours d’eau qui ne doit exister qu’un ou deux mois par an mais aujourd’hui il est aussi vaillant qu’un torrent de montagne. Dire qu’au même endroit en plein été la chaleur est étouffante… Le sentier reprend de la hauteur pour rejoindre la zone du premier ravito. C’est l’ultime montée et ensuite le parcours bascule en descente vers l’arrivée. Mais avant je dois encore avaler les 200 derniers mètres de dénivelé positif… Et ça se fera dans la douleur.

J’en bave dans cette dernière montée. J’ai l’impression de ne pas avancer, de trottiner sur place. Ce n’est manifestement pas ma matinée du D+. Heureusement l’approche de la crête va mettre fin à mon calvaire… Enfin la descente finale. Je retrouve l’énergie d’accélérer pour mener à vive allure les 5 kilomètres restants. Le chemin est large et praticable, je peux lâcher les chevaux ! La douleur de la montée est maintenant oubliée et j’allonge la foulée.

Je rattraper quelques coureurs. Mais le bruit des running qui pataugent me signalent que derrière ça arrive également à grande vitesse. Non, je me suis fait assez doubler pour aujourd’hui ! L’allure est ralentie le temps de traverser un champs de boue de 200 ou 300 mètres le long des vignes. J’en ai jusqu’aux chevilles. On se croirait dans un rêve bizarre où on court sans pouvoir avancer. Mais cette étrange sensation ne dure pas et je reprends vite mon rythme de fin de course.

Trail du Mont OlympeRetour au bitume. Il doit rester moins de deux kilomètres. Le relief est quasi plat et mon allure approche les 4 min/km. J’ai encore doublé un coureur et deux autres sont prenables 200 mètres devant. Je serre les dents pour conserver l’intensité de mon effort. Les deux coureurs m’entendent arriver et accélèrent à leur tour. Mais ils relâchent leur effort au bout de quelques minutes. Je les dépasse enfin sans manquer de les encourager pour le dernier kilomètre. Au virage suivant j’entends un spectateur m’encourager… Je lève la tête et vois Antoine, un coureur que j’ai eu l’occasion de rencontrer suite au Trail de Gémenos. Ses encouragements me donnent un second souffle et me poussent jusqu’à l’arrivée. Un peu plus et je doublais encore un concurrent ! Comme quoi la course à pied est bien une affaire de mental. Qu’on fasse 10, 30 ou 100 kilomètres, finalement tous les coureurs sont capables d’accélérer les derniers kilomètres.

Le parcours a été bouclé en 3h17. Ce n’est pas très rapide mais après les fêtes ça fait du bien de retrouver le goût de l’effort et l’ambiance d’une arrivée avec les collègues autour d’un buffet. La saison commence finalement bien car je garde en mémoire qu’il y a un an pile j’étais désespéré de mon abandon.

Dossard Trail Mont Olympe

Crédits photos : Pascal et Thierry

Voir la trace GPS sur Movescount

Résumé Trail du Mont Olympe 2014

Distance

Dénivelé

Chrono

Classement

FC Moyenne

Lieu

29 km

1400 D+

03:17:25

46/360

(18 V1M)

152 bpm

83%

Trets

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11 réflexions au sujet de « Trail du Mont Olympe »

  1. « C’est tellement rare dans ma région les chemins de terre sans cailloux ! »
    Voilà je me dis exactement pareil depuis que je suis en Aveyron.

    Belle course, elle paraît pas évidente vu de mon écran (et dans de telles conditions… ). 😀

    • Oui… Le sud de la France est terrible pour ça.
      Par contre quand tu te retrouves dans les Alpes avec de beaux chemins terreux tu as l’impression de courir sur du coton. Mieux vaut vivre ce qu’on vit que l’inverse finalement. Qui peut le plus peut le moins comme je dis souvent.

      Quant à la difficulté de cette course, j’aime à penser que toutes les courses sont difficiles, peut importe la distance, à partir du moment où tu te donnes à fond, physiquement et surtout mentalement.
      Il faudrait que j’écrive un article là-dessus mais malgré mon « expérience » j’ai toujours un stress pas possible avant le départ d’une course. La peur de mal faire, de ne pas y arriver.

  2. Ping : Trail du Mont Olympe | Trail running et sports ...

    • Merci Yoan pour ton retour.
      Effectivement on peut dire que les conditions étaient dantesques mais ça fait partie du trail et, bien souvent, ça rend l’aventure encore plus excitante.

  3. Ah la Provence, j’adore.. C’est tellement beau ! Et puis vous devez avoir un dénivelé un peu plus important que chez nous j’imagine (nos sentiers de garrigues sont très sympas mais assez roulants, à moins d’aller du côté du Pic Saint Loup ou de l’Aigoual). C’est ce qui fait le charme du Sud.

    Bravo pour ta course (j’arrive pas mal en retard !), encore un CR très agréable à lire. A quand la prochaine ? 🙂

    • Je crois que tes photos m’ont inspiré, j’ai envie de courir dans le Sud, au calme, sans de la neige de partout et du verglas… Vivement l’été

      • J’ai l’impression que tu commences à avoir un peu le mal du pays, non ?
        Encore un peu de patience et les beaux jours devraient commencer à arriver. En tout cas ici, après un hivers bien pluvieux, ça commence à sentir bon le printemps.
        Comment se passe ta préparation OCC ?

      • Le mal du pays non car j’y suis très bien, juste le froid oui ! Depuis octobre nous sommes dans le négatif, il y a de la neige et du verglas donc j’ai hâte de pouvoir courir en t-shirt et sans me demander toutes les deux secondes si je ne vais pas glisser et me casser quelque chose.

        J’ai commencé un plan d’entrainement de conseil course à pieds pour préparer la course que je vais faire à mon retour, le marathon du pic saint loup en relai donc je suis sur une prépa (le plan dure 11 semaines ce qui n’est pas plus mal comme ça les jours ou j’ai moins envie, je me motive pour y aller). Première étape avant l’OCC 🙂

  4. Bravo Fred pour ta course et ton récit, et merci pour ta petite note me concernant vers la fin du récit… je t’ai encouragé car je sais a quel point les derniers kms sont difficiles … A bientot jespere

    • Merci Antoine, ça m’avait fait très plaisir de te voir et c’est vrai que les encouragements dans les derniers kilomètres donnent des ailes.
      Ma prochaine course est normalement le 37 km du Trail du Grand Luberon. Et toi ?
      D’ici là y’aura sûrement l’occasion de se faire ensemble une sortie longue à Saine Victoire ou ailleurs. Qu’est-ce que tu en penses ?

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