Trans-Piades 2014, bienvenue chez Jardiland…

Trail Trans-Piades 2014Trans-PiadesC’est à une heure inhabituelle que démarre le Trail Trans-Piades de Ginasservis. Faire une course à 16h évite de devoir se lever tôt, ce qui est plutôt appréciable, sauf qu’aujourd’hui il fait très chaud… C’est la première vraie journée de chaleur de l’année et on risque fort d’en souffrir sur les 25 km du parcours.

Comme l’an passé c’est en petit comité que nous prenons le départ. En effet, nous sommes moins de 50 coureurs sur cette distance. Nous effectuons un rapide tour du village à travers de petites ruelles et très vite nous pénétrons dans la forêt environnante. Je suis calé en sixième position et ne me laisse pas emballer par l’euphorie du départ. Avec cette chaleur il va y avoir des pertes, c’est certain !

Le single monte légèrement puis redescend sur une centaine de mètres. Peu de dénivelé annoncé (650 m D+) mais le parcours promet d’être cassant. Je double un coureur déjà dans le rouge après une dizaine de minutes de course. Je n’avais pas compris la vitesse de son départ digne d’un 400 mètres et c’est perplexe que je le dépasse complètement asphyxié…

Nous sortons régulièrement des singles pour rejoindre des pistes plus larges mais aussi et surtout des « piades », ces chemins à peine visibles tracés en pleine forêt par les sangliers. Malgré un balisage conséquent, il devient de plus en plus difficile de se repérer. À de nombreuses reprises je devrai faire marche arrière pour retrouver l’itinéraire à suivre.

Le chemin s’enfonce dans une épaisse forêt et l’environnement est de plus en plus sombre. L’atmosphère est frais et humide et arrive à nous faire oublier la chaleur de plus en plus présente. Le single passe dans un petit canyon où subsiste dans des vasques minérales de l’eau croupie. Il règne une ambiance amazonienne sur ce court passage, le plus beau du parcours d’après moi.

L’itinéraire redevient vite monotone en alternant entre singles, DFCI et piades. Nous quittons rarement la forêt. De ce fait nous avons rarement une vue dégagée vers les vastes étendues du pays du Verdon. Je n’ai donc pas grand chose à faire que de rester concentré sur ma course et surtout sur son balisage qui, au fils des kilomètres, semble de plus en plus approximatif.

Le décor change, cette fois c’est un bout de bitume que le parcours emprunte. Le village de Ginasservis est contourné par la gauche et nous entrons à nouveau dans une forêt aux arbres nains mais suffisamment hauts et touffus pour ne pas voir à plus de 10 mètres. Cette fois le parcours oscille entre piades et un large chemin situé dans ce qui était autrefois l’ancien canal du Verdon. La vue se dégage un peu et je vois une centaine de mètres plus loin un coureur qui semble en difficulté.

En arrivant à son niveau il me dit avoir très chaud. Il n’a pas tort… La température doit avoisiner les 30°C. Je lui souhaite bon courage pour la fin de la course et je disparais dans les taillis à sangliers. Dans cet environnement où il faut slalomer entre les souches et les jeunes arbustes, c’est très compliqué de tenir un rythme de course.

Plus loin, j’arrive au second ravitaillement de cette course qui en compte trois. Juste le temps de boire un verre d’eau et de m’asperger abondamment la casquette et le haut du crâne. La chaleur est franchement difficile à supporter. Je commence à en sentir les effets avec une impression de jambes lourdes et une incapacité à accélérer. Mais la tête va bien et il ne me reste qu’un tiers de la course à négocier.

Malgré tout j’ai du mal à garder ma lucidité et je perds de plus en plus souvent la trace m’obligeant à ralentir à chaque intersection pour savoir où aller. Parfois je manque la rubalise suivante et je peste à devoir rebrousser chemin et parcourir 50 ou 100 mètres pour rien en plus de perdre quelques poignées de secondes.

Depuis un bon moment je suis complètement seul sur un parcours qui me donne l’impression d’être enfermé dans un labyrinthe végétal. J’ai hâte d’en finir. J’ai chaud et je manque de compagnie. Mais pas question de compter sur cet itinéraire pour me distraire… À l’approche du dernier ravitaillement je vois plus loin un concurrent. Enfin un peu d’animation !

Trans-PiadesJe le rattrape rapidement et le double. Il me félicite et m’informe que je passe troisième. Bel état d’esprit, bravo ! Je l’encourage à rester dans ma roue. Je tente de le rassurer en lui disant qu’il va rapidement retrouver l’énergie de relancer et me repasser devant. Mais rien n’y fait, il me dit avoir pris un sérieux coup de chaud et qu’il va finir dans la douleur. Après m’être assuré qu’il a les capacités à terminer les 10 kilomètres restants, je l’abandonne.

Revigoré à l’idée de faire un podium, je passe la vitesse supérieure. Ma stratégie a fonctionné car j’ai rattrapé un à un les coureurs devant moi. Il n’en reste que deux et je suis persuadé que le second est à ma portée. Maintenant je peux me lâcher, même si j’en bave. Je sais qu’à 8 kilomètres de l’arrivée plus rien ne peux m’arriver.

Je bataille avec moi-même pour continuer à courir dans les courtes mais raides montées. Allez ! On s’accroche et on ne lâche pas sur ces misérables petites côtes ! Je transpire comme jamais. J’ai l’impression de perdre un litre de sueur par minute… Une sueur acide qui me brûle les yeux m’obligeant à m’éponger sans cesse.

La vue troublée, je manque encore le parcours. C’est dingue, des personnes mal intentionnées ont dérubalisé ? C’est pas possible autrement. Non, fausse alerte, j’aperçois une rubalise accroché à une branche un peu plus loin. Rassuré, je fonce sur un long chemin de coupe au milieu de la forêt. Quelques kilomètres plus loin j’arrive à l’orée d’un champ de culture. Plus de marquage et un chemin part à gauche, en face et à droite… Je peste contre l’organisation. Je prends à droite puis 200 mètres plus loin je reviens sur mes pas et prends en face… Ce n’est pas ça non plus. Je reviens et prends à gauche. Quelques dizaines de mètres plus loin je vois enfin de la rubalise. Yes !

Quelque temps après je regarde mon GPS afin de savoir où j’en suis. J’ai dépassé les 2h20 de course et les 22 km. Étonnant… D’autant que je n’ai pas l’impression de m’approcher du village. Je devrais normalement être très proche de l’arrivée… Cette rubalise de plus en plus espacée sans aucun marquage renforcé à la peinture fluo commence à me mettre le doute… Et si j’avais quitté le parcours pour emprunter celui des VTT ? En effet, en plus d’un parcours trail de 16 km la manifestation du week-end inclut deux courses de VTT.

1 km plus loin, j’ai confirmation… J’arrive au milieu d’une grande étendue dégagée et aucun marquage nulle part. Disons-le clairement, je suis complètement perdu et manifestement depuis plusieurs kilomètres. Je hurle de colère, à la fois contre les organisateurs mais aussi contre moi. Comment j’ai pu manquer l’embranchement et où ? Je m’arrête et tourne dans tous les sens à la recherche d’un hypothétique marquage. Je suis dans le même état et aussi ridicule qu’Harpagon cherchant sa cassette.

Je finis enfin par me calmer et à accepter le fait que la course est terminée pour moi. Adieu l’arrivée triomphante, adieu le podium scratch… Après une dizaine de minutes de marche je tombe sur une route bitumée. Le village se trouve au bout de cette route mais de quel côté ? Au hasard je pars sur la droite et me remets à courir pour en finir au plus vite de cette course désastreuse. Je resterai un bon moment seul sur cette route qui serpente dans la forêt.

En rouge, le tracé original
En jaune… Ma trace

Zoom sur une magnifique zone d’exploration ou l’art de prendre le chemin le plus court…

Le bruit d’un véhicule trouble le silence. Je lui fais signe de s’arrêter. Il stoppe et je demande au conducteur dans quel direction se trouve le village de Ginasservis. Il me confirme que je coure dans la bonne direction et me propose de m’y emmener. J’accepte et après une bonne dizaine de minutes en voiture j’arrive au centre du village. Je remercie mon chauffeur et me rends sur l’aire d’arrivée rendre dépité ma puce.

J’apprendrai alors que seulement le premier coureur est arrivé. J’avais donc une très bonne intuition et la seconde place était bien à ma portée. Tant pis… Le voyage en voiture a apaisé ma colère et je prends désormais les choses avec philosophie. je me dis que cette expérience me servira de leçon pour plus tard et qu’il vaut mieux se perdre sur cette petite course qu’en pleine montagne. Puis « jardiner » en plein mois de juin et bien finalement c’est de saison.

Au fil des arrivées je constaterai n’avoir pas été le seul à me perdre. L’organisation nous informera avoir été victime, comme pratiquement chaque année, de dérubalisage sauvage…

Crédits Photos : Bruno Vacherand-Denand

Voir la trace GPS sur Movescount

Résumé Trail Trans-Piades 2014

Distance

Dénivelé

Chrono

Classement

FC Moyenne

Lieu

25 km

650 D+

Abandon

ABD/45

156 bpm

85%

Ginasservis

 

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13 réflexions au sujet de « Trans-Piades 2014, bienvenue chez Jardiland… »

  1. Après s’être battu comme ça, devoir abandonné à cause d’autre chose que de sa condition physique ça doit être particulièrement frustrant! Et ton coureur qui était troisième avant toi, tu l’as revu? Il a fini?
    Bravo quand même! On peut considérer que c’était un bel entraînement!

    Ceci dit, peut être qu’en changeant l’heure du départ pour le mettre au matin, les débaliseurs sauvages n’auraient pas la journée pour tout saboter…

    • C’est vrai que c’est rageant mais ça fait partie du jeu.
      Le troisième a bien terminé la course, je l’ai félicité à l’arrivée.
      De cette aventure je garde qu’il faut rester constamment vigilant en trail et veiller à ne pas trop s’enfermer dans sa bulle au risque de ne plus voir ce qui nous entoure.
      En termes d’expérience j’ai connu l’abandon sur blessure, l’abandon suite erreur de parcours… et l’abandon suite épuisement mental. Ce dernier fera l’objet de mon prochain CR.

  2. Salut Fred, vraiment dommage ce débalisage! Ta belle course peut quand même être une satisfaction personnelle à défaut d’un bon résultat… A bientôt

    • Merci Thierry. Ce que je retiens de cette course c’est que je n’ai pas éprouvé énormément de plaisir en dehors du fait de m’être perdu.
      La course suivante (le Raid du Queyras) confirmera que je traverse une phase de saturation… J’espère pouvoir mettre en ligne le CR rapidement.

  3. C’est rageant… J’imagine ton désaroi au moment ou tu te rends compte que tu es vraiment perdu… Je me demande ce qui motive les gens qui débalisent… La méconnaissance du fait qu’il y a un trail et donc l’impression que la forêt est souillée?

    • D’après l’organisation ce sont des propriétaires qui ont derubalisés sous prétexte que le parcours passait trop près de leur propriété privé… Sans commentaire.

      • San commentaire c’est clair… Des gens **** il y en a partout ça se confirme une fois de plus!

  4. galère quand même ces sabotages. Surtout quand tu te donnes à fond.
    Les orga devraient systématiquement fournir les traces gps à charger dans les montres 😉

    • T’as raison !
      La difficulté de ce parcours est qu’il n’y avait pas de chemin la plupart du temps et qu’il fallait suivre le balisage à travers bois. C’était donc assez facile de se perdre…

  5. Ping : Raid du Queyras, la longue descente | Highway To Trail

  6. Je tombe par hasard sur ce post, après avoir lu avec beaucoup de plaisir d’autres comptes rendus sur le blog. J’étais le numéro deux! Effectivement j’étais prenable, surtout que je me suis paumé aussi après m’être fait décramponner à la régulière. Bon, c’était quand même n’importe quoi cette course, cagnard de dingue, tracé approximatif, j’en ai plus chié sur ces deux vieilles collines que dans nombre de montagnes! Cette année ils ne font pas de 25km, malgré le départ de St. Julien qui permet pourtant de beaux parcours vers le lac.

    • T’as raison ! J’étais furieux d’en avoir autant bavé pour rien. Mais bon, c’est en partie de ma faute. A croire que la chaleur m’a fait un peu perdre ma lucidité.
      Je trouve finalement dommage qu’ils décalent la course au dimanche matin car ça nous permettait avec quelques amis de prolonger la soirée sur un apéro.
      En tout cas l’intérêt d’une course, même mal organisée, reste toujours les rencontres et ça fait plaisir d’avoir de tes nouvelles !
      A très bientôt… Peut-être sur le Trail Sainte Victoire car il me semble que tu le fais régulièrement non ?

      • Ola! Oui on se voit ce Dimanche sur la Sainte Victoire, effectivement c’est une course que j’aime bien, même si là j’appréhende un peu le parcours vu mon manque relatif de préparation, mais bon on va la jouer tranquille!

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