Trail Sainte Victoire 2015, une édition bénite

Bandeau TSV 2015

« Tant qu’il nous échappe un objet convoité semble à tous préférable. » Lucrèce

Flyer TSV 2015

C’est dépité que j’apprends devant mon PC que le parcours Cézanne du Trail Sainte Victoire 2015 est complet en à peine 3 heures après l’ouverture des inscriptions. L’an dernier les dossards étaient partis en une journée, cette année en 3 heures… Et l’an prochain, en 3 minutes ?

C’est incroyable l’engouement que draine le trail running au fil des ans. Il faut désormais prévoir ses courses plusieurs mois à l’avance et être rivé devant son écran le jour de l’ouverture des inscriptions. C’est comme ça…

Quelques semaines plus tard un mail de l’AIL Rousset, le club organisateur, m’annonce que j’ai la possibilité de participer. En effet j’étais inscrit sur liste d’attente et le désistement d’un autre coureur me donne l’opportunité de participer au TSV pour la sixième fois. J’ai un attachement particulier avec cette course. En effet le Trail Sainte Victoire est le premier grand trail auquel j’ai participé, seulement six mois après avoir débuté la course à pied. J’en garde un merveilleux souvenir malgré la difficulté et la douleur éprouvées. Sainte Victoire est aussi mon terrain d’entraînement favori. J’y passe plusieurs dimanche par mois à arpenter ses sentiers avec toujours autant de bonheur.

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Prendre son temps avant d’aller vite.

Le dimanche de la course, réveil à 4h30. Je prends le temps de déjeuner et de me préparer tranquillement. C’est toujours la course la semaine avant de partir travailler, je veux m’éviter ça le week-end même si je perds une bonne demi-heure de sommeil. Mes affaires sont prêtes depuis la veille et vérifiées à plusieurs reprises… Je crois que tous les coureurs font un peu la même chose.  J’ajuste avec précision ma tenue notamment les chaussettes afin de ne pas avoir de pli mal placé. J’optimise le rangement de mon sac. Comme toujours je prends une tenue de rechange que je laisserai dans ma voiture en cas de besoin même si je sais que, comme toujours, j’en aurai aucune utilité. Cette manie doit probablement me rassurer de façon inconsciente. A prendre mon temps il finit par passer vite et il est déjà l’heure de partir…

Pas de stress… Faut-il s’en inquiéter ?

À l’approche de Rousset le jour commence à se lever. Je fais partie des premiers arrivés et je n’ai aucune difficulté à me garer à proximité du départ. C’est autant de confort gagné pour plus tard, quand le moindre pas deviendra une torture une fois la ligne d’arrivée franchie. Je suis étrangement décontracté. Habituellement je suis un peu stressé et le ventre noué avant le départ d’une course. C’est peut-être parce que je n’ai pas fait de compétition depuis trois mois que j’apprécie le moment présent sans aucune pression.

J’échange quelques mots avec Akuna qui couvrira cette année encore la course pour le compte du magazine Ultra. Puis c’est au tour de Denis qui, lui aussi, s’est invité à la dernière minute. Il doit être à sa neuvième participation. Comme moi, c’est un habitué des lieux et le massif est son terrain de prédilection. Sur la ligne de départ je croise Kriss qui, de nouveau, participe à l’organisation. Il sera présent le long du parcours pour nous encourager. Ça me fait plaisir de le revoir d’autant qu’une grosse blessure l’a éloigné des courses depuis un bon moment. Le flot de coureurs s’agglutine dans le sas et à 7h pile le départ est donné…

« L’expérience et la prudence valent mille fois plus que la force et l’impétuosité. » Jean-Yves Soucy

Je me positionne tranquillement dans le premier tiers du peloton. Ça s’affole autour de moi mais je ne me laisse pas entraîner par la marée humaine. Je ne veux pas partir trop vite et je me force à ralentir le rythme. Il va s’en passer des choses lors de ces 8h/8h30 de course annoncées, inutile de vouloir précipiter les événements qui ne pourront qu’avoir une issue malheureuse. Beaucoup de monde me double, ça me donne l’occasion de croiser amis et connaissances. Très vite Pierre me passe devant. Il a fait le choix des bâtons pour cette 13ème édition. Je lui souhaite bonne course et il disparaît bien vite dans le flot de traileurs. Les Galinettes, soit Perrine et Laurie, ne sont jamais très loin mais heureusement ne sont pas à proximité l’une de l’autre car elles sont alors très (trop) bruyantes. Elles arrivent toutefois à m’arracher quelques éclats de rires à l’occasion de vannes et provocations bien senties.

Je passe le ravitaillement de Saint-Antonin en 1h05. Pas d’arrêt au stand, j’ai encore tout ce qu’il me faut. On attaque cette fois la montagne. Le ciel est d’un grand bleu sans tache. Le fond de l’air est encore un peu frais mais ça ne va clairement pas durer. Je retire mon fidèle coupe vent poids plume car la première difficulté va rapidement faire monter la température du corps. J’alterne marche rapide et course, les jambes répondent bien. Une fois au pied des falaises des Dalles Grises, le parcours part à gauche et longe les impressionnantes falaises pour redescendre légèrement vers le refuge Cézanne.

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« Il n’y a jamais un sommet d’où la vue ne soit pas belle. » Sylvain Tesson

On grimpe un court passage rocheux, le Pas du Berger, équipé de cordes pour l’occasion. Je passe sans et en profite pour doubler quelques coureurs un peu impressionnés par le vide. C’est clair que courir ici demande de ne pas être sujet au vertige. De mon côté je me régale. J’aime beaucoup cette montée que j’emprunte souvent dans l’autre sens lors de ma « spéciale gros dev » que j’effectue souvent à l’entraînement. Le sommet est atteint assez vite, le large sourire de la photo ci-dessous témoigne de mon état de fraîcheur. C’est d’ailleurs assez rare que je souris sur une photo de course…

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Les sens sont en émois : la vue est splendide, la peau chatouillée par une légère brise rafraîchissante et le nez chargé du parfum des innombrables plantes aromatiques qui couvrent le massif. On emprunte désormais la fin du sentier Imoucha qui regagne quelques mètres de dénivelé en direction du Prieuré. Mais juste avant de le rejoindre nous bifurquerons à gauche pour plonger dans le désagréable sentier des Venturiers. Les lacets du début sont ludiques, certes mais la portion bitumée qui suit jusqu’aux Cabassols est affreuse et douloureuse pour les tendons. J’y vais donc piano piano…

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Last exit to Vauvenargues.

Après une longue portion de faux plats je rejoins rapidement Vauvenargues et le second ravitaillement. Aucune douleur, aucune lassitude. Tous les indicateurs sont au vert ! L’arrêt sera très bref, juste le temps de remplir mes deux soft flask de 500 ml. Je dois avoir dans la poche de mon sac à dos 5 ou 6 sticks de poudre pour boisson isotonique mais, comme d’habitude, je ne les utilise pas… Trop long à préparer et un certain écœurement. Je m’engouffre dans la forêt vallonnée en direction de la montée des Plaideurs, la prochaine grosse difficulté.

Je talonne Perrine pendant un bon moment puis elle disparaît au détour d’un virage. Sa régularité en course est impressionnante ! Depuis le départ elle imprime toujours le même rythme, sans que son corps exprime la moindre impression de fatigue. Un peu plus loin c’est Denis qui me rejoint au début de la montée. Il a l’air en grande forme. Il s’économise depuis le début de la course pour ne pas revivre la mauvaise expérience de l’année dernière où il a connu une sérieuse défaillance dans le dernier tiers pour terminer à l’agonie. Nous grimpons ensemble la montée des Plaideurs en plaisantant. Tous les coureurs que nous doublons sont loin d’être dans cet état. Les corps commencent à lâcher pourtant il reste encore pas mal de chemin.

Running up that hill.

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La montée se fait sans forcer contrairement aux années précédentes. Denis reprend la tête dans la dernière partie. A une trentaine de mètres du sommet, le parcours prend à gauche sur un semblant de sentier tracé pour l’occasion. Comme toujours sur les crêtes il est difficile de courir. Une légère brise nous fait le plus grand bien d’autant que la chaleur commence à pointer ses rayons ardents. Au fil des minutes Denis disparaît peu à peu de mon champ de vision puis complètement… Plus un seul coureur devant moi… Normal, le parcours plonge en pleine face sud le long d’un sentier extrêmement pentu qu’il faut connaître pour le trouver. La descente vers le Baou de l’Aigle se fait avec une grande prudence, une chute ici marquerait la fin définitive de la course et probablement du reste de sa vie. Je double quelques concurrents à la limite de la panique. C’est vrai que c’est raide et « gazeux » mais il suffit de descendre relâché en s’accrochant aux branches pour éviter le pire.

Le semblant de sentier traverse cette fois un immense pierrier à mi-hauteur de la face sud. Il remonte à nouveau pour rejoindre le Pic des Mouches qu’on aperçoit quelques kilomètres plus loin. Je recolle visuellement avec Denis. Quelques minutes plus tard je suis à une dizaine de mètres derrière lui.

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Sa majesté (du Pic) des Mouches.

TSV 8A l’approche du Pic des Mouches Akuna est au rendez-vous pour nous redonner le sourire et nous tirer le portrait. Je le remercie au passage pour les milliers de photos qu’il met à disposition des coureurs et pour la qualité de son travail photographique mais aussi d’écriture. En haut du Pic des Mouches j’en suis à 27 km et 3h40 de course. Tout va très bien. Je devrais être frais à la mi-course, à Puyloubier, là où l’on a l’habitude de dire que la course commence.

Pour l’heure, c’est 3 kilomètres de descente à un bon rythme. La première section jusqu’à l’oratoire de Malivert est vite avalée. La seconde presque autant avec toutefois beaucoup plus d’attention car elle est piégeuse avec ses lapiaz cachés et ses ressauts rocheux glissants. Denis s’arrête pour une pause technique, il aura toutes les occasions de me rattraper plus loin.

Arrivé au sympathique village de Puyloubier je fais un rapide état des lieux : Pas de blessures à déplorer, pas de jambes lourdes. Juste une chaleur étouffante qui va être très difficile à supporter quelques kilomètres plus loin dans la fameuse montée au Col de Vauvenargues. L’arrêt au ravitaillement est court, il ne durera pas plus de 3 minutes. Je n’ai pas de raison de m’arrêter plus longtemps, j’ai fait le plein d’eau et je n’arrive pas à avaler de nourriture solide. Tant pis, les gels feront l’affaire pour le restant de la course.

« En Provence, le soleil se lève deux fois, le matin et après la sieste. » Yvan Audouard.

TSV 9Je ne sais pas s’il se lève vraiment deux fois mais qu’est-ce qu’il tape pour un mois d’avril ! Et pas le temps pour la sieste car j’ai encore près de 800 mètres de dénivelé à grimper. Je trottine péniblement à la sortie du village sur le long faux plat qui permet de rejoindre le massif par le vallon du Frère. Je discute avec un coureur pour chasser la lassitude qui commence à me gagner. Je sens le coup de pompe pour très bientôt, avant même la dernière longue montée… C’est fou comme je suis vite passé d’un état à l’autre…

Je serre les dents durant la montée de Saint-Ser. J’ai mal à la tête et un début de nausée. Je prends un gel et m’hydrate abondamment. Patience, dans quelques minutes ce difficile moment ne sera qu’un mauvais souvenir… Mais pour l’instant je déguste… Le sentier redevient plat à l’approche des hautes falaises puis redescend sur une vingtaine de mètres. Je peux à nouveau trottiner, pas très longtemps car se dresse face à moi la redoutable montée du col de Vauvenargues. Elle ne fait pourtant que 300 mètres de D+ mais sur moins d’un kilomètre dans un terrain instable… Et par cette chaleur on devrait bien s’amuser. Je repense à l’édition 2011 où nous avions effectué cette même montée sous une chaleur équivalente. J’avais dû m’asseoir à l’ombre du seul arbre de la côte pour éviter la syncope.

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Heureusement l’histoire ne se répétera pour moi. D’autres coureurs sont quant à eux au plus mal, le pas hésitant et la figure blême. Après un difficile effort me voilà enfin sur les crêtes. Je vais pouvoir récupérer. Mais j’ai du mal à courir sur les crêtes. J’en ai marre, j’ai hâte d’en finir. Pourtant le chemin est encore long jusqu’au dernier ravitaillement situé à Saint-Antonin.

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La traversée du désert.

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TSV 13Je rattrape un coureur déshydraté qui me réclame de l’eau. Malheureusement mes réserves sont vides. Mais heureusement le ravitaillement est à quelques centaines de mètres. C’est à la vitesse d’un escargot que nous y arrivons. Je bois à m’en faire éclater l’estomac et m’asperge le visage d’eau fraîche. J’ai l’impression de jeter de l’eau sur un tapis de braises ardentes. Punaise que ça fait du bien ! Rien n’est meilleur à cet instant comme si je venais de refroidir une marmite prête à exploser. La pause durera moins de quatre minutes mais sera réparatrice.

Je repars avec le coureur avec qui j’étais arrivé. Il nous reste un peu plus de 12 km sans difficultés si ce n’est qu’on en a marre et que le retour sur Rousset est pénible sous un soleil de plomb. J’en profite pour faire connaissance avec mon compagnon de retour. Il a le dossard n°69. Le hasard faisant bien les choses j’ai le dossard n°70. Son nom est Julien Gauthey, un coureur bourguignon. Ça me donne l’occasion de parler de ma région d’origine et des courses du coin. Nous alternons course et marche tout en bavardant. Le temps parait moins long et la chaleur plus supportable. Nous accélérons dès que nous rejoignons le bitume sur le plateau du Cengle.

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« Le chemin est une alchimie du temps sur l’âme. » Jean-Christophe Rufin.

Comme toujours nous retrouvons un regain d’énergie sur les derniers kilomètres. Avant même de passer l’arrivée je fais un premier bilan de ma course. J’en ai bien bavé, comme à chaque édition mais mon chrono, à priori sous les 8h15, sera mon meilleur à ce jour. Pas de trop de douleur à part les genoux, pas de vilaines ampoules. Le mental aura été un peu défaillant mais je l’explique par le fait que je manque de compétition.

Il reste moins d’un kilomètre et Julien décide d’envoyer. Je m’accroche à ses baskets mais pas moyen de le dépasser. Il finira 6 secondes devant moi. Nous nous félicitons mutuellement. Je suis heureux d’avoir partager cette fin de course en sa compagnie. Heureux aussi de mon chrono et de mon classement qui officialisent mon meilleur Trail Sainte Victoire à ce jour en termes de performance. Même constat pour Denis avec qui je partagerai quelques bières et le repas d’après course avec le sentiment du travail accompli. C’est vrai que ce n’était pas l’édition la plus difficile (celle de 2011 restera dans les annales). Elle fut, malgré tout, difficile à terminer. Les statistiques le prouvent. En effet, cette année encore, le TSV compte 1/3 d’abandons, soit 82 sur 355 partants… Un chiffre impressionnant qui en dit long sur le niveau de l’épreuve. Les meilleurs en auront fait les frais, dont Pierre qui s’est blessé dans le dernier tiers. La prochaine sera la bonne mon ami !

Dossard TSV 2015

Crédits Photos : akuna/UltraMag & PhotosSports

Voir la trace GPS sur Movescount

Résumé Trail Sainte Victoire 2015

Distance

Dénivelé

Chrono

Classement

FC Moyenne

Lieu

56 km

3088 D+

8:11:06

45/355

(13 V1M)

NC

Rousset

 

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10 réflexions au sujet de « Trail Sainte Victoire 2015, une édition bénite »

  1. Comme d’habitude, je prends beaucoup de plaisir à lire ton récit de course. Les photos sont vraiment très sympas et bravo sachant qu’il peut vite faire chaud dans le Sud, surtout sur ce type de terrain. Avec les nombreux cailloux, cela ajoute de la difficulté supplémentaire.
    J’envisage de faire la sainte victoire en rando course le mois prochain avec mon cousin mais rien de sur pour le moment. En tout cas, tout cela me donne envie.
    A bientôt 🙂

    • Merci Aurore pour ton passage.
      N’hésite pas à revenir vers moi si tu as besoin de conseil pour préparer un itinéraire. En espérant que tu auras la possibilité de venir, tu ne le regrettera pas !

  2. Bravo! tain moi je transpire rien qu’en te lisant. Je suis lessivée. 😀 je suis impressionnée par le nombre d’abandon aussi… C’est tous les ans comme ça?

    • Oui, tous les ans le TSV compte un nombre important d’abandons, le record ayant été atteint lors de l’édition 2011. Pas loin de 50% si mes souvenirs sont bons. Ce qui est différent avec les autres courses c’est qu’ici les montées sont très raides et il n’est pas rare de devoir mettre les mains dans une ambiance parfois très aérienne qui peut en effrayer pas mal. Mais sinon c’est un endroit magnifique et plaisant quand on le traverse à son rythme.

  3. Bravo ! C’est un très beau parcours, et un très beau récit aussi. Félicitations car ça ne devait pas être facile avec les conditions météo. Dans le Sud, il fait vite chaud. Nous organisons, pour notre part, des voyages solidaires à l’international. Notre démarche est simple : courir tous ensemble pour soutenir une association. Avez vous déjà participé à des courses solidaires ?

  4. Très chouette récit. Je serai curieuse de savoir en combien de temps tu l’as fait la première fois ? Puisque tu parles de ta première participation après 6 mois de course, je trouve ça osé ! 🙂

    • J’ai l’info !
      Ma première participation date de 2010. J’avais bouclé le parcours dans la douleur en 9 heures et 8 minutes. Le parcours faisait 53 km pour 2700 m de D+. Côté classement je terminais 252 sur 340 partants et 100ème V1.
      Je mesure la progression…

  5. Ping : Bilan 2015 | Highway To Trail

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