Trail de Mimet : La course parfaite

Bandeau Trail de Mimet

Trail de Mimet« J’adore quand un plan se déroule sans accroc » avait l’habitude de dire Hannibal de l’Agence Tous Risques. C’est très exactement ce qui s’est passé pour moi lors du Trail de Mimet. Fait inhabituel, deux jours plus tôt et le dimanche précédent j’étais en reconnaissance du parcours, tel un pilote de F1 qui peaufine ses virages avant un Grand Prix. J’ai du mal à expliquer pourquoi mais j’étais persuadé que j’avais la possibilité de réaliser quelque chose de bien sur cette course grâce à une motivation retrouvée et un entraînement… plus académique.

Je ne laisse donc aucune place au hasard et je mets toutes les chances de mon côté. Deux reconnaissances, une en rando et l’autre en rando-course me permettent de parfaitement mémoriser le parcours, ses difficultés, ses zones de vitesse et ses portions de récupération. Le soir avant de m’endormir je visionne mentalement le parcours. Je le décline en micro objectifs qui devront absolument être atteints le jour J. Cette montée sera effectuée en courant… Celle-ci, au contraire, devra me permettre de récupérer… Cette portion roulante se fera à bloc… Ici, tu seras bien mais il ne faudra pas t’emballer… En revanche sur cette section les cuisses te brûleront mais il faudra mentalement être tenace… D’avance je sais que ce 26 km va être difficile, qu’il y aura très peu de moments de répit et que le bonheur passera obligatoirement par la souffrance. Dimanche sera une journée mémorable !

J’arrive bien avant l’heure sur la petite place de Mimet. J’ai le plaisir de croiser Richard qui a finalement la bonne idée de s’inscrire sur ma même course que moi. Nous encourageons les traileurs, dont Chanthy, au départ du 42 km qui démarre une heure avant le nôtre. Je file ensuite me préparer et m’échauffer quelques minutes. Le départ sera rapide et pentu… Mieux vaut le réaliser dans les meilleures conditions. Nous discutons ensuite avec Yannick et Rafouille dans l’ère de départ. Étrangement, personne ne se presse aux avant-postes, comme si la réputation de cette course terriblement exigeante effrayait les 244 coureurs partants. Parmi les inscrits est présent le Kenyan Edward Kimosop, 15ème au Marseille Cassis 2013 en 1:06:29, excusez du peu… Je suis étonné de voir autant de bons coureurs répartis sur les trois épreuves du jour, d’autant plus que le Trail de Mimet ne s’inscrit pas cette année dans le Challenge des Trails de Provence.

Départ Trail de Mimet 2014Effectivement ça part très vite et après 200 mètres de course, Edward Kimosop a déjà 50 mètres d’avance… Incroyable ! Pour moi, aucune précipitation. Je me cale rapidement dans les 30 premiers. Ça grimpe raide pendant un kilomètre et demi jusqu’aux ruines qui surplombent le village. Cette portion se fait néanmoins en courant en prenant soin de ne pas trop forcer afin de ne pas le regretter ensuite. Ce très joli sentier caché dans la forêt est superbe. L’ambiance est encore fraîche et le vert prédomine. Des odeurs de plantes aromatiques et fleurs printanières couvertes de rosée nous caressent les narines. Le soleil commence à apparaître entre d’épais nuages. La température est idéale et ne devrait pas trop grimper dans la matinée.

Un peu plus loin le sentier devient single à l’approche des ruines. Nous faisons quelques enjambées sur le plat puis le parcours plonge en descente. Je cours prudemment entre les arbres puis j’accélère dès que le sentier s’élargie. Je dépasse un groupe de coureurs dont la première féminine. Quelques mètres plus loin, je perds une de mes flasks. Le temps de la ramasser elle me dépasse à nouveau. Je n’ai pas pris de sac à dos pour ce 26 km mais une ceinture Salomon et deux flasks de 500 ml. Ça suffira largement et c’est tellement agréable de courir léger.

À peine le temps d’échauffer les quadris qu’il faut déjà remonter et attaquer la première difficulté, soit près de 200 mètres de dénivelé à plus de 15%. J’alterne marche et course. Le rendement énergétique est positif et j’avance rapidement sans la sensation de me fatiguer. C’est toujours ça de gagné pour la suite !

Une fois au sommet, le parcours longe les crêtes et oscille entre courtes montées et descentes raides. La vue sur l’ensemble du massif de Sainte Victoire est splendide. Je n’ai malheureusement pas trop le temps d’admirer le paysage car le terrain est très technique et mes deux yeux ne sont pas de trop pour déjouer les pièges du parcours.

Trail de Mimet 2014 (1)Trail de Mimet 2014 (2)Les crêtes et sa vue dégagée prennent fin. Commence alors une large portion dans le Vallon de la Figuière qui fait office de torrent les rares (mais très violentes) journées de tempête. L’étroit sentier bordé d’une dense végétation donne l’impression de courir dans un tunnel. La vitesse conjuguée aux nombreux sauts entre les pierres polies par le temps et la pluie rendent cette section très ludique.

Trail de Mimet 2014 (3)La pente devient plus raisonnable et le sentier plus large. Au kilomètre 8, un brusque virage à gauche nous entraîne cette fois vers le Vallon du Baou de l’Aigle. Quelques foulées plus loin je découvre ce fameux Baou (« falaise » en provençal) que j’avais manqué lors de ma précédente reco. C’est une très belle falaise en dévers dans un écrin de verdure, isolée au milieu d’une forêt luxuriante. Ce gros morceau de rocher d’une grande pureté est équipée de spits. Il faudra que je vienne y grimper à l’occasion !

Nous quittons le vallon pour monter à nouveau. Ça ne grimpe pas trop et je trottine en grande partie les deux kilomètres qui nous ramène vers le Grand Puech, le point culminant du massif. Voilà un bon moment que je cours seul mais la solitude ne me pèse pas, bien au contraire. Il y a bien un coureur qui tente de s’accrocher dans la montée mais il renonce rapidement. J’ai la forme et je le sais. Je ne lâcherai rien aujourd’hui. Je suis dans ma bulle. L’effort est important mais encore loin d’être douloureux. Je suis bien.

J’arrive au premier ravitaillement. Juste de temps de remplir mes deux flasks et je repars aussitôt. Le parcours suit alors un très beau single entre les rochers qui permet de rejoindre le sommet du Grand Puech. De là-haut la vue est sublime. À ma droite, Sainte Victoire et le pays Aixois. À ma gauche, Marseille, la Bonne Mère, la Méditerranée, l’archipel du Frioul et au loin les Calanques. Plus près, j’ai une vue imprenable sur l’Aire de la Moure, le terrain d’entraînement des Trackers (avions bombardiers d’eau). La couleur de la roche, d’un rouge intense, pourrait laisser penser qu’il s’agit d’une falaise d’ocre comme on peut en rencontrer dans le Luberon. Il n’en est rien, la teinte du rocher n’a rien de naturelle. Elle est la conséquence des largages consécutifs d’eau additionnée de retardant.

Trail de Mimet 2007

Le Trail de Mimet en 2007 (Photo : Jean-Marie Gueye)

Derrière moi ça respire fort et ça se rapproche très rapidement. Pas de panique ! Ce sont les coureurs du 10 km qui me rejoignent. Je m’écarte pour les laisser passer. Parmi eux me double Pascal, en mode touriste comme il dit mais qui finira quand même troisième au scratch. La grande classe !

La longue section suivante se déroule sur la ligne de crête se dirigeant au col Sainte Anne, tout près du caractéristique Pilon du Roi. Ça va vite, c’est technique et ludique. Je m’amuse autant qu’un chamois dans un pierrier alpin. Je suis à la moitié du parcours et je commence sérieusement à accélérer. Hormis la prochaine descente et la montée du Pilon du Roi, le parcours est maintenant plus roulant.

Trail de Mimet 2014

Trail de Mimet 2014

Beaucoup de monde se trouve au Col Sainte Anne pour nous applaudir. Les coureurs du 10 km bifurquent à droite pour rejoindre Mimet. Les coureurs du 26 km, après une courte section sur bitume, plongent à gauche pour rejoindre à nouveau le pied du massif côté sud. Le terme « plonger » est bien approprié tant j’ai l’impression de m’enfoncer dans une forêt humide et inextricable. La végétation change radicalement en quelques kilomètres. Le single passe sous une succession de baumes, toutes plus belles les unes que les autres. C’est pour moi le plus sauvage et le plus bel endroit de la course. Si je n’avais pas rejoint quelques coureurs en retard du 42 km, j’aurais l’impression d’être Jack Shephard dans la série Lost.

J’ai maintenant 4 kilomètres relativement roulants pour envoyer du lourd et espérer revenir sur les imprudents qui vont immanquablement se griller sur cette partie. Les minutes qui suivent me donnent raison. Je dépasse un, deux puis trois coureurs. Personne n’essaie de s’accrocher aux 13 km/h de moyenne que j’imprime au passage du 19ème kilomètre. Les jambes répondent à merveille, c’est du bonheur !

C’est au tour de ma première féminine du début de se faire rattraper quelques kilomètres plus loin à l’entame du Vallon du Pilon du Roi. Elle est visiblement en difficulté et à deux doigts de craquer. Je la pousse à résister lui précisant que la montée du Pilon du Roi serait la dernière difficulté et qu’ensuite elle pourra tout donner dans la descente sur Mimet. Pour l’heure, ce n’est pas la grande forme et elle décide de me laisser passer. Elle tente de rester dans ma roue mais y renonce rapidement.

Le soleil fait une brève apparition et transforme le vallon en four à une vitesse incroyable. Je retourne ma casquette pour me protéger d’un coup de chaud et par la même occasion d’un violent coup de soleil. Au détour d’un virage j’aperçois au loin la falaise du Pilon du Roi qui, vue d’ici, ressemble à la montagne « Paramount Pictures » dans le plan l’introduction des Aventuriers de l’Arche Perdue. De nombreux traileurs semblent également perdus tant les visages expriment fatigue et détresse.

Trail de Mimet 2014 (7)J’ai le visage fermé et concentré au pied de la fameuse et redoutable dernière montée qui doit facilement approcher les 50%. J’ai du mal à garder un rythme à force de devoir régulièrement doubler des coureurs du 42 km. Du coup j’en profite pour récupérer entre deux dépassements hasardeux. Au sommet de la côte on peut entendre la foule amassée pour nous encourager. Y’a un monde fou et on se croirait presque à une étape de montagne du tour de France, cloches comprises. Dans le brouhaha j’entends la voix de Christophe qui m’encourage. Ce supplément d’énergie me permet de rejoindre le col en atténuant l’impression d’avoir souffert. Il faut dire qu’une semaine auparavant je fractionnais en courant dans cette montée à m’en faire brûler les cuisses. C’est clair qu’une fois en course ça aide moralement.

Trail de Mimet 2014

Je m’arrête brièvement au dernier ravitaillement histoire de remplir rapidement une de mes flasks. Plus que 4 kilomètres et maintenant ça fait faire mal, dans tous les sens du terme… J’attaque la portion roulante à grandes enjambées. Je ne vois personne devant. Dernière, un coureur qui venait de reprendre du terrain dans la montée a disparu. Il s’est probablement obligé une pause au ravito. Cette portion est un peu monotone. Mais il ne faut pas se relâcher et se laisser emporter par des images négatives afin de toujours conserver une bonne vitesse de course. Je regarde mon chrono… Passer sous les 3h10 me paraît maintenant peu probable. Pas grave, fonce quand même !

Je quitte enfin ce long chemin sans grand intérêt pour reprendre un single au profil descendant. C’est mieux… Physiquement c’est dur mais la configuration du terrain m’aide un peu à oublier la douleur. Le chemin remonte l’espace de deux épingles à cheveux. Je ralenti nettement mais je m’accroche pour continuer à courir… C’est presque réussi. Je rejoins à nouveau la piste DFCI (Défense de la Forêt Contre les Incendies). Le chemin est plat puis remonte à nouveau dans un virage. Je vois enfin un coureur du 26 km devant moi. Je le prends en cible et le rattrape rapidement dans la courte montée. Il est cuit et ne cherche même pas à revenir sur moi.

Mimet approche. J’aperçois les premiers toits en contrebas. La voix du speaker devient maintenant parfaitement audible. Il doit rester à peine deux kilomètres. Je peux déjà savourer ma course car plus rien ne peux arriver. Je suis heureux de finir frais, de finir vite avec le sentiment d’avoir fait une course parfaitement gérée sans m’être pour autant retenu. Je quitte la piste pour plonger à gauche dans un dernier single très pendu qui rejoint une route en bitume une cinquantaine de mètres plus bas. C’est à 14,5 km de moyenne que je boucle les 800 derniers mètres et je passe l’arrivée avec d’excellentes sensations. Je suis franchement heureux de ma course et particulièrement de mon final. Je peux l’être car après coup je me suis rendu compte sur la feuille des résultats que j’ai fait le 4ème meilleur temps sur cette dernière partie, soit les 4 derniers kilomètres. J’ai même couru plus vite qu’un kenyan puisque Edward Kimosop mettra 1 minutes et 50 secondes de plus sur cette même portion ! Relativisons toutefois ce résultat car sur la totalité de la course c’est quand même 23 minutes de moins que moi…

Trail de Mimet 2014

Je remonte l’arrivée pour encourager les amis qui arrivent les uns après les autres. Autour d’une excellente paëlla préparée par l’équipe organisatrice chacun raconte sa course. Tout le monde est visiblement très satisfait. Ensuite chacun se sépare. En allant pour partir à mon tour je passe jeter un œil sur la feuille des résultats… et là c’est la surprise ! Je découvre que je termine 10ème au scratch et 5ème V1. Mais ce n’est pas tout… Comme les deux premiers V1 sont déjà récompensés au classement scratch ça veut dire que je fais un podium dans ma catégorie. Yes !Trail de Mimet 2014Trail de Mimet 2014

On dira ce qu’on veut mais ça fait vraiment plaisir de monter sur la boîte. On se voit dans la peau d’un champion qui récolte sa médaille aux JO et on comprend alors pleinement le bonheur qu’il peut ressentir. À cet instant il ne manque que les copains et, bien évidement, ma femme et mes enfants pour que le plaisir soit total.

Dossard Trail de Mimet

Crédits Photos : Plein Cadre, Michel Raveu, Akuna et Kkris

Voir la vidéo de Benjamin Mars

Voir la trace GPS sur Movescount

Résumé Trail de Mimet 2014

Distance

Dénivelé

Chrono

Classement

FC Moyenne

Lieu

26 km

1300 D+

3:11:39

10/244

(5 V1M)

152 bpm

83%

Mimet

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21 réflexions au sujet de « Trail de Mimet : La course parfaite »

  1. Un immense bravo! J’en avais les muscles tout contractés rien qu’à lire ton récit! Pouvoir reconnaître le parcours ça fait un bien fou, on sait à quoi s’attendre, on sait que les difficultés se terminent, c’est vachement bon moralement. Et puis physiquement t’as envoyé du petit bois! Super course 🙂

    • Merci Nolwenn.
      Je ne ferais pas des reconnaissances à chaque fois car ça enlève le plaisir de la découverte.
      Sur celle-là j’avais envie de faire une performance, j’ai donc mis toutes les chances de mon côté et c’est vrai que ça aide grandement car y’a pas de mauvaise surprise… A part se dire « J’ai encore tout ça à faire. C’est chaud » 🙂

  2. Impressionnant, t’as fait une pistonade dans le 1er § (« quelque de bien »). 10eme et 5eme en Veteran, ça veut dire que la moitié des premiers sont des vieux ? étonnant ou c’est toujours comme ça.

    • Merci pour la relecture, c’est corrigé.
      Les deux catégories ultra dominantes en course à pied et surtout en trail sont les vétérans (nés avant 1974) et les seniors (de 1975 à 1991). Les espoirs représentent à peine10%.
      Ce sont donc les deux premières catégories qu’on retrouve dans les classements, sachant que plus les distances s’allongent, plus elles sont au bénéfice des vétérans. Ce qui est d’ailleurs de moins en moins vrai.
      Pour moi, y’a clairement un effet Kilian Jornet (je sais que tu es fan) qui présente l’avantage de rajeunir les pelotons et de (très) nettement augmenter le niveau du premier tiers du classement.

      • Je suis inscrit pour le 20k/700D+ du Trail Vercors Coulmes le 8 juin, je n’est encore jamais couru sur une si longue distances, hâte d’y être 😉

      • Cool !
        Avec tes entraînements à proximité de la Bastille ça devrait le faire sans problème. Tu as largement le dénivelé dans les jambes.

  3. Ping : Trail de Mimet : La course parfaite | Trail run...

  4. Ping : Trail du Grand Luberon 2014, une édition XXL | Highway To Trail

  5. Bravo Fred ! J’en ai des courbatures rien qu’à te lire 😉
    Et tu as même le temps de prendre des photos en faisant un chrono pareil ?!

    • Merci Jeff !
      Malheureusement les photos ne sont pas de moi. Même à l’entraînement j’ai du mal à faire les deux et à sortir de ma bulle de coureur pour prendre le rôle du photographe (que j’adore également même si c’est de moins en moins souvent)

    • J’aimerais bien que ça m’arrive tous les dimanches. Quoique non… Je finirais pas être blasé 🙂
      Ce qui est fou pour cette course c’est que, dès le départ, je sentais que je pouvais faire quelque chose. Un sentiment que je n’avais jamais eu auparavant.

  6. Ping : Raid du Queyras, la longue descente | Highway To Trail

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